Homélie du frère Benoît Ente le dimanche 11 octobre 2026 (Is 25, 6-10a ; Mt 22, 1-14)
Quel contraste, frères et sœurs entre ces deux repas qui nous sont décrits dans les lectures de ce jour. Le prophète Isaïe annonce un repas merveilleux à plus d’un titre : un repas pour tous les peuples, un repas consolateur où la mort disparaît, où le peuple élu retrouve une dignité, un repas comme nous en rêvons tous. Et, au contraire, dans l’Evangile, Jésus nous parle d’un repas qui ressemble plus à un cauchemar : Les invités refusent de venir. Ils se montrent violents et même meurtriers. Ils sont punis par le roi qui fait amener le tout-venant. Et là encore, nouveau drame : l’un des convives se retrouve jeté dans les ténèbres du dehors. Si un jour vous organisez un repas de noce, je vous souhaite que les choses se passent un peu mieux.
Frères et sœurs, cette parabole nous permet de prendre conscience que notre humanité vit un drame. Et l’actualité récente nous le rappelle sans cesse. Dieu a tout donné à l’homme : une création extraordinaire aussi belle que généreuse. Il nous a donné la parole, la raison, un corps d’une complexité et d’une ingéniosité indépassable. Il nous a donné la liberté, la joie de découvrir l’autre, de partager un repas, la joie d’aimer et d’être aimé. En un mot, il nous a donné d’être à son image. Et l’homme a tout refusé, il a exploité la création et opprimé son prochain. Il a fabriqué des armes pour tuer son semblable et ainsi accroître sa domination
Bien sûr, on pourrait dire qu’en fait, Jésus adapte sa parole à son auditoire : il parle à des grands prêtres et à des pharisiens c’est-à-dire il parle à des hommes animés d’intention meurtrière envers lui. Alors cela ne nous concerne pas vraiment. Les invités, ce sont les ennemis de l’Eglise, ce n’est pas nous. Est-ce bien sûr frères et sœurs ? Honnêtement, ne sommes-nous pas tous parfois des pharisiens et des grands prêtres ? N’est-ce pas le Christ qu’on assassine chaque fois que nous critiquons nos frères ? Chaque fois que nous négligeons le soin de notre terre ? Chaque fois que nous sommes indifférents à notre prochain dans la misère ? Oui, l’histoire de notre humanité est un drame. Le Salve Regina parle d’une lacrimárum válle une vallée de larme.
Et pourtant il y a la promesse de Dieu rapportée par le prophète Isaïe : Il essuiera les larmes sur TOUS les visages. Il fera DISPARAÎTRE la mort POUR TOUJOURS. Isaïe n’est pas idiot. Il voit comme vous le drame de ce monde. Il voit même sans doute des choses bien pires que nous. Mais il a fait l’expérience et il croit en un Dieu assez grand, assez puissant pour transformer le drame, la défaite absolue en victoire définitive.
Chez Isaïe, le repas du Seigneur se déroule à un endroit précis. Avez-vous remarqué où ? … « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur SA MONTAGNE, un festin de viandes grasses et de vins capiteux » « Sur CETTE MONTAGNE, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples » « Car la main du Seigneur reposera sur CETTE MONTAGNE ». De quelle montagne peut-il s’agir ? On peut penser au mont Moriah où Abraham a voulu sacrifier son fils Isaac, au mont Sinaï, lieu d’une RENCONTRE entre Dieu et Moïse, lieu du don de la LOI. Le Mont des béatitude, lieu où s’inaugure la prédication de Jésus.
Mais en fait, je pense plutôt à une troisième montagne, celle qui résume toutes les autres, la montagne où le cours de notre humanité s’est inversé, le lieu où Dieu a transformé un drame absolu en victoire définitive, là où paradoxalement les larmes coulent et en même temps trouvent du réconfort. Je pense au mont Golgotha. Sur cette montagne, l’amour fou de notre Dieu s’est manifesté. Sur cette montagne se sont affrontés les puissances de mort qui convulsent notre humanité et l’amour tout puissant de notre Dieu fait homme. Sur cette montagne s’est préparé le repas que nous sommes en train de partager, l’Eucharistie, le don de notre Dieu.
Il y a quelques semaines, ce repas a rassemblé sur l’avenue des Champs Elysée plusieurs centaines de milliers de personnes. Et cette semaine à Lourdes plusieurs dizaines de milliers. A chaque fois, nous formions une grande famille si diverse et si heureuse de se retrouver. Ensemble nous avons mangé ce même pain du ciel, le corps du Christ. Oui, frères et sœurs réjouissons-nous car sur cette montagne Dieu prépare un repas merveilleux, il fait toute chose nouvelle. Revêtons nous du vêtement de noce, la FOI en Lui, en son amour, les GESTES qui donneront vie à notre foi. Alors, non seulement nous serons parmi les convives, mais nous deviendrons nous-même pain de vie offert pour l’humanité entière rassemblée en une grande famille, la famille des enfants de Dieu.
