Homélie du frère Benoît Ente à Evry pour la fête de la Trinité le 31 mai 2026 – Jn 3, 16-18

Un article du journal La Croix d’hier cite l’iconographe Nicolaï Greschny, un spécialiste des icônes qui dit à propos de l’icône que vous tenez en main : « Roublev traduit en un tableau d’une simplicité déconcertante ce que tous les livres de théologie n’ont jamais pu exprimer ». C’est sans doute un peu excessif, mais ce n’est pas tout à fait faux non plus. Alors aujourd’hui je prends du repos et je laisse cette icône faire l’homélie sur la Trinité, mais pas toute seule, avec votre aide en particulier les enfants qui sont de fins observateurs. Mais avant, quelques mots d’introduction. Cette icône a été écrite par un moine russe orthodoxe Andreï Roublev au XVe siècle dans un contexte difficile de guerre particulièrement violente et de division fratricide au sein du pouvoir russe. Andreï Roublev a représenté une scène du récit d’Abraham dans le livre de la Genèse : la visite de trois anges venus annoncer à Abraham et Sarah la naissance d’un enfant Isaac. Abraham les accueille avec prévenance et leur prépare un repas. Maintenant, c’est à vous de travailler, que remarquez vous sur cette icône ?
→ ailes/auréoles : Les ailes indiquent leur NATURE DIVINE. De même les auréoles
→ sceptre : pouvoir royal. Dieu roi de l’Univers.
→ Les personnages sont identiques, coiffés de la même manière. On dirait des triplés. On ne peut pas les différencier. Dieu unique. Une seule nature. Ce que l’un possède, l’autre le possède également. Ils partagent la même vie. La Trinité est le mystère d’un Dieu unique révélé à Abraham justement. L’UNICITÉ DE DIEU est première par rapport à sa pluralité. L’unicité de Dieu est représentée sur l’icône par le fait qu’on ne peut pas savoir qui est le Père, qui est le Fils et qui est le Saint Esprit. Plusieurs interprétations sont possibles, même parmi les spécialistes.
→ identité de chaque personnage. Il y a unicité et pourtant, chaque personnage existe. Il y a une distance entre eux. Ils portent des vêtements de couleurs différentes. Chacun a une couleur propre et une couleur commune avec les autres. Ils ont des gestes différents et un attribut différent (ville, arbre, rocher). Mystère d’une PLURALITÉ au sein du Dieu Unique où chacun possède son espace propre. La théologie parle d’union dans la diversité ou une COMMUNION SANS CONFUSION. C’est fou de pouvoir imaginer la Trinité. Personnellement, je vois un signe de l’existence de Dieu dans cette affirmation car je ne vois pas comment les hommes auraient pu inventer un Dieu aussi paradoxal. Et pourtant, regardez la création : elle est incroyablement diverse et unique. Elle porte la marque de la Trinité gravée en elle-même dans ses principes.
→ Circulation du regard. C’est peut-être le plus remarquable dans ce tableau. Chacun des personnages est en relation avec les autres par le regard ou par le geste. Le personnage central regarde celui sur sa droite tandis que son corps est tourné vers celui sur sa gauche. Chaque visage, chaque regard est d’une infinie délicatesse. Chacun des personnages incline légèrement la tête comme si chacun s’inclinait ou rendait gloire à l’autre, comme si chacun voulait laisser la place à l’autre, pour lui rendre honneur, pour lui permettre d’exister. La Trinité est d’abord un mystère de COMMUNION D’AMOUR entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint où chacun laisse la place à l’autre, chacun rend gloire à l’autre, chacun SE DONNE ENTIÈREMENT À L’AUTRE. Certains théologiens parlent de danse. On attend un film sur la Trinité qui pourra représenter ce mystère.
→ perspective inversée : point de fuite converge vers le spectateur. Nous sommes regardés. Nous nous laissons imprégnés par la douceur et la paix qui s’expriment dans l’icône.
→ Sur la table, une coupe avancée vers nous. La table semble ouverte vers nous pour nous accueillir. Fondamentalement, la Trinité est ouverte vers nous. ELLE NOUS APPELLE à elle pour nous renouveler en elle, pour nous faire entrer dans une communion d’amour.
Lorsqu’on laisse cette icône nous regarder, lorsqu’on perçoit la douceur des regard, la tendresse des gestes, on entend résonner les paroles de Jésus dans l’évangile de Jean : Dieu n’est pas venu pour juger le monde mais pour l’inviter à s’asseoir à sa table et partager avec lui sa coupe, sa vie, son amour pour notre plus grande joie. Amen.
