Evangile du dimanche 1er mars : Mt 17,1-9
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Homélie du frère Benoît Ente
J’avais imaginé une homélie sur les théophanies dans l’AT et le Nouveau : Moïse, Elie, etc. quand j’apprends la nouvelle du bombardement par les US et Israël de l’Iran avec les ripostes de ce pays. Impossible d’ignorer ce qui est en train de se passer dans notre monde : une nouvelle guerre qui s’annonce avec ses victimes des deux côtés. Nous semblons tellement démunis face à ce déchaînement de violence. Il ne s’agit pas de prendre position ici, mais de se demander ce que nous pouvons faire ?
Jésus à son époque a été également confronté à la violence des hommes. Des hommes entre eux et des hommes contre lui : on a déjà cherché à le lapider. Des états entre eux et Jésus connaît l’histoire de son petit pays de Palestine passé successivement entre les mains des grands empires alentours : l’Assyrie, les Babyloniens et maintenant, à l’époque de Jésus, Rome. Jésus connaît parfaitement les écritures qui sont remplies de violence : des hommes sont capables de massacrer leurs frères et sœurs pour avoir le pouvoir ou par vengeance. Autant de violences qui révèlent ce que l’homme est capable de faire.
Et en même temps, dans ces écritures, la violence n’a pas le premier rôle. Le premier rôle revient à un personnage invisible présent dans chaque livre d’une manière ou d’une autre. On l’appelle Dieu, Elohim ou JE SUIS. C’est en son nom qu’à chaque génération des hommes et des femmes de justice et de paix se lèvent pour reconstruire, pour pardonner. C’est en son nom que des hommes et des femmes préfèrent perdre leur vie plutôt que de céder devant les caprices d’un tyran. C’est en son nom que des hommes et des femmes continuent d’espérer contre toute espérance. Car ce Dieu, épreuve après épreuve, semble creuser une attente et dessiner un chemin comme un plan pour sauver l’humanité et lui redonner son éclat des origines.
Aujourd’hui, Jésus dialogue avec Moïse et Elie. Il dialogue avec cette riche histoire multiséculaire. Jésus voit combien l’homme se trouve englué ou esclave dans ses propres contradictions, dans sa propre violence, exactement ce que nous observons aujourd’hui. Jésus voit aussi dans son dialogue avec Moïse et Elie, le chemin de salut dessiné par le Père. Jésus perçoit que la seule chose à faire face au mal, c’est suivre la voie que le Père ouvre, cette voie empruntée par Abraham, Elie et Moïse.
Quel est donc ce chemin, ce plan de salut qui s’ouvre devant Jésus sur le Tabor ? Fuir pour recréer un monde neuf ailleurs ? Cela ne résoudrait pas le problème à sa racine. C’est comme si Dieu n’assumait pas vraiment sa création. Répondre à la violence par la violence ? Nous le savons, cela ne fait qu’engendrer de nouvelles violences. Face à ceux qui en veulent à sa vie, Jésus ne peut ni fuir, ni répondre par la force matérielle. Le seul chemin possible consiste à marcher au cœur des ténèbres de notre humanité, au cœur de Jérusalem et dans cette marche, aimer jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie. Jésus voit cela, il voit que ce geste constitue l’offrande parfaite annoncée dans les écritures, une offrande qui libère définitivement du mal.
Jésus voit ce chemin qui s’ouvre devant lui préparé depuis des siècles par le Père et il accepte de l’emprunter avec tout son cœur et avec toute sa force qui lui vient du Père. Il sait d’ailleurs qu’il est le seul à pouvoir l’emprunter. Il est beau Jésus dans ce moment là, plus blanc que la neige et plus brillant que le soleil. Il est le cœur battant de notre Dieu et la voix venue du ciel confirme aux oreilles des disciples que ce chemin est bien celui voulu par le Père.
Aujourd’hui frères et sœurs, il nous est offert d’emprunter également ce chemin ou plutôt de communier à ce chemin. En particulier, dans ce temps d’incertitude, nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Pourtant nous savons que quelque soit la situation, Dieu ouvre des chemins de vie pour l’humanité là où des hommes et des femmes acceptent librement de s’unir au Christ et avec lui, d’offrir leur vie par amour. Réjouissons nous car ce chemin est beau, resplendissant, plus blanc que la neige et plus brillant que le soleil. AMEN.

