Chercher les miettes

L’évangile de Matthieu n’aime pas trop les étrangers ?

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus est presque violent avec la cananéenne : il l’ignore, il la traite de chienne…

Et de fait, c’est une étrangère, elle vient de Tyr et de Sidon, le pays des idoles.

Canaan, c’est le nom que l’on donnait à cette région du temps de la conquête pour Josué. Comme si cette femme était à conquérir.

Ce n’est pas la première fois que Jésus se méfie des païens. Quand il envoie ses disciples en mission (Mt 10), il leur dit de ne pas aller chez les païens. Et il annonce que lui-même, mais aussi les disciples seront mis à mort par des païens (Mt 10 ; 20).

Le sermon sur la montagne : les paiens et les chiens

Dans le sermon sur la montagne (Mt 5-6), trois fois il dit de ne pas faire comme les païens : ils n’aiment que ceux qui les aiment, ils prient en rabâchant, ils s’inquiètent des choses matérielles.

C’est vrai que Jésus la traite de chien. En fait la dernière fois qu’il traite les gens de chiens, c’est dans le sermon sur la montagne : « ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré » (Mt 7).

Mais c’est justement après avoir dit de ne pas jugez ; c’est l’histoire de la paille et de la poutre, et c’est avant ce passage sur la prière : « demandez et l’on vous donnera » comme un père donne à son fils.

Finalement, avec la cananéenne, Jésus expérimente ce qu’il a annoncé dans le sermon sur la montagne.

Il renonce à son jugement.

Il donne ce qui lui est demandé.

Nous sommes tous de Canaan

Pourtant, nous savons tous que le sermon sur la montagne est presque impossible à vivre : nous aussi nous sommes des païens qui n’arrivons pas à aimer nos ennemis, à prier dans la confiance absolue, et à ne pas nous soucier de nos factures.

D’ailleurs, Jésus aussi a des origines cananéennes. Matthieu nomme Rahab dans son arbre généalogique. Il est le seul à le faire néanmoins.

Rahab, c’est cette prostituée de Jéricho, à l’époque de la conquête par Josué, qui trahie sa ville pour cacher des espions hébreux (Jos 2). Mais cette femme intercède aussi pour sa famille, comme la cananéenne. Et quand Rahab reconnait le vrai Dieu des hébreux, la cananéenne reconnait que Jésus est Dieu.

Un exemple de foi

Oui, Rahab malgré toutes ses ambiguïtés est une croyante. Peut être que Matthieu l’intègre dans l’arbre généalogique de Jésus pour montrer la place que les étrangères ont dans l’Histoire Sainte.

La cananéenne marque par sa foi. Elle crie, elle persiste.

Elle reconnait qui est Jésus : elle l’appelle Seigneur, un nom divin. Elle se prosterne devant lui, ce qui signifie qu’elle l’adore. Elle l’appelle fils de David : elle reconnait qu’il est le messie.

Une femme forte

Alors oui, aujourd’hui, nous avons affaire à une femme forte qui accepte d’être mise à l’épreuve par Jésus, pour sa fille.

Cette femme vaut bien le Centurion, cet autre païen, qui demande à Jésus de sauver son fils (Mt 8). Et Jésus accepte tout de suite, reconnaissant la foi du Centurion qui lui dit qu’il peut sauver son fils à distance.

Notre-Dame de Valankani

Certes, il y a une table, il y a un peuple élu — c’est ce que saint Paul rappelle dans la lettre aux Romains — mais la générosité de Dieu va bien au-delà de ces limites, et c’est déjà ce qu’annonçait Isaïe dans notre première lecture : « ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. »

Cette promesse, certains d’entre vous la connaissent déjà très concrètement, depuis leur terre d’origine. Au Tamil Nadu, à Vailankanni, tout a commencé par une miette : un jeune porteur de lait, un pauvre parmi les pauvres, s’arrête près d’un étang pour se reposer. Une femme lui demande un peu de lait pour son enfant. Il donne ce qu’il a — presque rien — et son récipient se remplit à nouveau, comme par surcroît. Peu après, c’est un jeune vendeur de beurre, infirme de naissance, qui reçoit à son tour une visite, et se retrouve guéri, envoyé bâtir une chapelle. De cette miette-là — un peu de lait, un peu de beurre, donnés par des gens de rien — est né ce qu’on appelle aujourd’hui le « Lourdes de l’Orient » : un sanctuaire où se pressent chaque année vingt millions de pèlerins, dont la moitié ne sont pas chrétiens, en majorité hindous. La maison de prière pour tous les peuples qu’annonçait Isaïe, elle existe déjà quelque part — et elle a commencé par une goutte de lait donnée, sur le bord d’un chemin, par quelqu’un qui n’avait presque rien à donner.

Une théologienne

Non seulement c’est une femme forte, mais c’est aussi une théologienne. Elle sait qui est Jésus, mais elle sait aussi parler des choses de Dieu.

Sa réponse sur les miettes est en fait incroyable.

Certes, d’un côté elle accepte les termes du débat, elle encaisse l’insulte, mais c’est pour mieux la subvertir, montrer que l’insulte ne tient pas. Car face à l’amour de Dieu, aucune insulte ne tient.

N’est-ce pas ce que font les minorités qui acceptent les sobriquets qui leur sont donnés pour mieux les subvertir.

Et surtout, elle nomme la grâce à l’œuvre. Le pain est sur la table ? La loi est chez les juifs ? Mais les miettes sont partout, la grâce est parmi les nations.

Elle élargit l’espace de la table. Elle nous invite à chercher les miettes.

Certes, il y a une table, il y a un peuple élu, c’est ce que saint Paul rappelle dans la lettre aux Romains, mais la générosité va bien au-delà de ces limites, et c’est ce qu’Isaïe disait dans la première lecture.

Chercher les miettes

Alors, cette semaine, une seule question à emporter avec nous : où est ma miette ?

Elle est là où l’on croit n’avoir presque rien à offrir — un peu de temps, une place laissée à table, un mot d’accueil pour quelqu’un qu’on pourrait laisser dehors. La Cananéenne n’a pas attendu d’avoir le pain entier pour croire que Dieu était généreux : elle a su reconnaître, dans une simple miette, la preuve qu’il y avait déjà un festin. Un porteur de lait tamoul n’a pas attendu d’être riche pour donner ce qu’il avait : et de cette miette est né un sanctuaire où vingt millions de personnes, croyantes et non-croyantes, viennent aujourd’hui chercher Dieu.

Ne cherchons pas cette semaine le festin entier. Cherchons la miette — la nôtre, celle que nous avons sous la main, aussi modeste soit-elle — et donnons-la, en sachant que Dieu, lui, sait déjà en faire un festin pour tous les peuples.

L’Esprit, l’espace

Prédication du jour de la Pentecôte 2026, par fr. Emmanuel

Communiquer par le silence

Souvent, j’ai du mal à finir mes phrases. Les mots ne me viennent pas à l’esprit. Et alors, soit l’interlocuteur termine la phrase à ma place, et c’est parfois une belle expérience de pensée à deux. Soit il me coupe l’herbe sous le pied, et m’empêche de parler. Soit, il attend. Il fait de la place. Il m’accepte avec mes limites de communication. Il m’accueil en créant un espace. C’est une expérience minuscule. Mais je crois que c’est une expérience de l’Esprit Saint.

L’Esprit c’est l’amour

C’est difficile de parler de l’Esprit Saint à des athées ou à des musulmans.

Méditer sur le Père, c’est méditer sur l’origine — la source de tout, de qui tout procède. C’est méditer sur l’Alliance qu’il a faite avec nous, sur les commandements qu’il nous a donné.

Méditer sur le Fils, c’est méditer sur le Logos : la raison du monde. C’est aussi méditer sur la Parole incarnée qui nous révèle l’intimité de Dieu en s’anéantissant pour nous.

Méditer sur l’Esprit, cela peut être méditer sur l’amour de Dieu, à la fois l’amour qui vient de Dieu et qui nous est donné et l’amour en Dieu qui est donné par le Père au Fils.

D’ailleurs, vous connaissez peut-être cette image de Hugues de Saint-Victor, qui comparais l’Esprit au baiser entre le Père et le Fils.

Cet amour, il unit les personnes divines sans les fusionner, il nous unit à Dieu, sans nous digérer. C’est le propre de l’amour : il est ce qui relie en maintenant la différence.

L’Esprit est don

Si l’Esprit est amour, alors il est don suprême, parce que l’amour est don. Jésus nous l’a dit, celui qui aime donne sa vie pour ses amis (Jn 15, 13).

La dessus, il y a un paradoxe : L’Esprit est à la fois donné et donateur — et l’Écriture elle-même s’en étonne.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus ressuscité souffle sur ses disciples : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). Chez Luc, il le promet, juste avant l’Ascension (Ac 1, 5).

Plusieurs fois, il l’avait annoncé. Jean-Baptiste annonce que Jésus nous baptisera dans le feu et l’Esprit Saint (Lc 3, 16). Et pendant son dernier repas, Jésus annonce qu’il va donner l’Esprit et c’est d’ailleurs pour cela qu’il doit nous quitter, pour laisser la place à l’Esprit (Jn 16, 7).

Ainsi, Jésus donne l’Esprit, mais, en même temps, c’est l’Esprit qui donne Jésus.

Et pourtant, plus tôt, c’est l’Esprit qui révèle le Fils. À l’Annonciation, il prend Marie sous son ombre (Lc 1,35). Au Baptême et à la Transfiguration, il désigne Jésus comme « le Fils bien-aimé » (Mc 1,11 ; Lc 9,35). À Nazareth, Jésus lit Isaïe et dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction » (Lc 4,18). Et c’est encore l’Esprit qui ressuscite Jésus, selon Paul : « Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » (Rm 8,11).

Si l’Esprit est don, il n’est pas un simple paquet qu’on envoie, parce qu’il envoie son envoyeur. Il est donné, et il donne. L’Esprit précède le Fils, et il est envoyé par lui. Il est, dans la Trinité, ce mouvement d’amour qui ne se laisse pas fixer : ce vent qui souffle où il veut (Jn 3,5).

Ainsi, l’Esprit est amour, qui relie les différences. Il est don reçu par celui qui donne.

L’espace de création et de vie

Comme don et amour, l’Esprit est comme un espace qui donne la vie.

Le livre de la Sagesse le dit, le premier don d’amour de Dieu, c’est celui de la Création (Sg 11, 24-26).

Or dans la Genèse, à la Création, le souffle de Dieu qui plane sur les eaux du chaos (Gn 1,2) pourrait être traduit autrement. En se basant sur l’étymologie du mot hébreux, on pourrait dire que c’est l’Espace qui plane sur les eaux (Cazelle).

Comme le dit saint Paul à Athènes, c’est le milieu divin en qui nous avons la vie (Ac 17, 28).

L’Esprit, c’est l’ambiance qui nous permet de vivre, qui permet à la créature d’être créateur, aussi. Les artistes aiment dire qu’ils sont inspirés quand ils créent, qu’ils ont été touchés par l’Esprit Saint. Et c’est vrai, d’un côté, l’Esprit est ce partenaire intérieur qui vient nous donner des intuitions et autres fulgurances. Mais il est aussi cet espace intérieur, cette ambiance qui nous appelle à créer.

La Pentecôte

Alors à la Pentecôte, l’Esprit est donné comme on donne ou comme on crée une ambiance.

Les apôtres étaient rassemblés, serrés les uns contre les autres, « tous ensemble au même endroit » (Ac 2,1) — comme les pierres d’un mur, comme un solide. L’Esprit n’est pas venu faire un mortier pour rendre ce mur plus solide. Il est venu leur donner de l’espace, les mettre en mouvement, les disperser vers le monde — comme un solide qui devient souffle.

Il crée un espace entre eux. Et par le don des langues, il ouvre un espace avec les juifs de toutes les nations présentes à Jérusalem (Ac 2,6-11). Chacun entend dans sa propre langue. Non pas une langue unique imposée à tous, mais la pluralité des langues traversée par un seul Esprit. L’Esprit ne traduit pas en effaçant les différences — il traduit en les habitant.

Les listes de dons

Cette Pentecôte, nous sommes tous appelés à la vivre chacun à notre manière. Or nous n’avons pas tous besoin de la même ambiance. C’est pour cela que les dons de l’Esprit sont aussi variés.

C’est peut-être pour cela que l’on trouve des listes de dons et de fruits de l’Esprit dans la Bible. Il y a les 7 dons de l’Esprit de l’Emmanuel, en Isaïe 11 : sagesse, intelligence, conseil , force, connaissance, piété, crainte. Les 10 charismes qui se répartissent dans la communauté en 1 Corinthiens 12 : sagesse, connaissance, foi, guérisons, miracles, prophétie, discernement, parler en langues, interprétation, et les 9 fruits de l’Esprit en Galates 5 : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi,  23 douceur, maîtrise de soi.

Ces listes sont autant d’instruments différents, que l’Esprit met en musique. Basile de Césarée le disait, l’harmonie est aussi un nom de l’Esprit. L’harmonie, c’est cette ambiance qui met tout le monde en accord et qui stimule la créativité.

Un temps

Mais cette ambiance est fragile. Paul l’écrit aux Thessaloniciens : « N’éteignez pas l’Esprit » (1Th 5,19). L’espace est offert — nous pouvons le fermer. C’est le drame de la liberté.

C’est pour cela que l’Esprit est un espace-temps.

Les prophètes avaient annoncé que l’Esprit serait donné à la fin des temps. Pierre, à la Pentecôte, cite Joël : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Ac 2,17 ; Jl 3,1).

Ces derniers jours ont commencé. Nous y vivons. Et Paul nomme l’Esprit les arrhes de la promesse — une avance sur l’héritage, déjà donnée, pas encore accomplie (2 Co 1,22 ; Ep 1,14).

Nous sommes dans cet entre-deux. Entre Pâques et le Royaume. L’Esprit est la façon dont Dieu nous habite sans nous posséder, nous précède sans nous devancer trop, nous attire sans nous forcer. Il est le nom de la patience de Dieu avec nous.

Chantiers d’été

Pour adapter le lieu aux nouveaux projets qu’il abritera, ils ont été nombreux à venir aider à transporter des meubles, nettoyer les lieux, déplacer de la terre… toute la semaine du 20 juillet.

Un grand merci aux amis de l’APA, aux futurs colocs étudiants, aux amis du couvents d’Evry et de Lille ainsi qu’aux laïcs dominicains qui sont venus parfois de très loin pour donner un coup de main.

Lors du premier chantier, c’étaient les Jeunes au Service du diocèse d’Évry, qui étaient venu nous donner un coup de main fin mai, pour ranger le couvent avant le début des travaux d’emménagements.

Les moniales dominicaines à l’origine du monastère de la Croix et de la Miséricorde

Les bâtiments du 19, cours Mgr Roméro ont été construit pour abriter les moniales dominicaines de la Croix. Ces religieuses avaient fondée un monastère rue de Charonne au XVIIe siècle, d’où elles avaient été expulsées à la fin du XVIIIe siècle, elles étaient revenus à Paris où elles avaient déménagées rue du Cherche-Midi, avant d’être à nouveaux expulsée à la fin du XIXe siècle. (cf. Wikipedia)

Leur monastère avait été reconstruit à Étiolles, près du grand couvent d’étude des frères dominicains, au milieu du XXe siècle, lors du retour des religieux en France.

Progressivement, d’autres sœurs, provenant d’autres monastères sont venu s’installer à Évry : celles de Ferrière et celles de Bouvines.