Homélie du frère Benoît Ente le dimanche 18 octobre – (Mt 22, 15-21)
Hier, en marge des manifestations lycéennes, des émeutes violentes se sont déroulées dans plusieurs grandes villes de France. L’objectif était assez clair : le pillage. Mais ce ne sont pas des produits de première nécessité qui ont été pillés par des personnes qui auraient la faim au ventre, ce sont des articles de sport, de luxe, du matériel informatique ou même de l’alcool chez des cavistes. Lorsqu’on arrose la population avec des images qui transforment les produits de consommations en idole, alors il ne faut pas s’étonner de voir se lever une génération de frustrés prêt à tout pour obtenir leur part du gâteau.
Et aujourd’hui, justement, dans les lectures de ce jour, il est question d’image ou peut-être d’idole car c’est une image bien particulière dont il est question, celle d’un empereur romain sur une pièce de monnaie. Cette effigie de César sur la pièce d’un denier participe depuis Auguste à toute une imagerie censée diviniser l’empereur. D’ailleurs l’effigie de César était souvent accompagnée par d’autres symboles pour souligner sa divinité comme l’aigle ou la couronne de laurier. A première vue, la réponse de Jésus « Rendez donc à César ce qui est à César » invite à respecter les lois du pouvoir en place même si c’est un pouvoir qui occupe le pays par la force comme les Romains la Palestine à l’époque de Jésus. Mais surtout « Rendre à César ce qui est à César » invite à ne pas s’attacher à cette représentation divinisante de l’Empereur. Jésus remet à sa place d’homme César et renvoie à son envoyeur la promesse d’abondance et de gloire terrestre qu’il représente. Rendre à César ce qui est à César, c’est revenir au début de l’Evangile et résister au démon des tentations qui tel un empereur montre à Jésus tous les royaumes du monde et leur gloire et Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Et Jésus répond « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
« Rendre à César ce qui est à César » exige de notre part le courage du détachement de toutes les idoles que produit notre monde, un détachement des innombrables attachement déréglés que nous entretenons avec les objets de consommation et autres marques commerciales. Cela demande de couper les liens neuronaux que des milliers d’images marchandes ont patiemment et inconsciemment tissés dans notre cerveau. Redonner à la pièce d’un denier sa place d’objet d’échange et à Dieu toute sa place de divin roi.
Car la réponse de Jésus ne s’arrête pas à César. Il ajoute « et à Dieu ce qui est à Dieu. » Qu’est ce qui est à Dieu et que nous devrions lui rendre ? Si la pièce d’un denier est à l’image de César, c’est en Jésus que se trouve l’image du Père. Il est la véritable image du Père. Il nous faudrait donc rendre au Père son Fils Jésus. Et bien frères et sœurs, c’est exactement ce que nous faisons à chaque Eucharistie. A la fin de la prière Eucharistique, nous prenons le corps et le sang du Christ, nous les élevons et nous disons « par Lui avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père tout puissant dans l’unité du Saint Esprit tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles ». Nous élevons le don reçu du Fils vers le Père comme si nous le lui offrions et nous lui rendons gloire. Nous réalisons ce que chante le psalmiste « Rendez au Seigneur la gloire de son nom »
Mais il n’y a pas que le Christ qui est à Dieu. La création appartient à Dieu et nous aussi, de manière spéciale car nous avons été créés à l’image de Dieu. Nous portons en nous cette image du Père altérée par le péché, mais toujours vivante et en attente d’une restauration définitive. C’est aussi de nous dont parle Jésus quand il dit de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Il nous invite à entrer dans ce mouvement du Fils qui est descendu dans notre monde pour se faire homme puis est remonté vers le Père. De même nous accueillons l’Esprit Saint qui nous vient du Père et nous sanctifie, puis nous offrons notre propre personnes sanctifiée telle une offrande pure au Père. Hier nous célébrions la mémoire de Saint Ignace d’Antioche, un évêque martyr du IIe siècle. Nous gardons de lui une lettre où justement alors qu’il se rend à Rome pour être martyrisé il se compare à du froment moulu qui deviendra le pain pur du Christ.
Sans aller jusqu’au martyr, rendre à Dieu ce qui est à Dieu résonne comme un appel à offrir notre personne, nos prières, notre temps, notre amour comme nous offrons le pain de l’Eucharistie. Devenons le corps du Christ. C’est là la meilleure manière de résister au chaos qui menace notre société et c’est là que notre âme demeure en paix dans le sein du Père. Amen.
