Parlons ciné

Homélie du dimanche 2 novembre – commémoration de tous les fidèles défunts – frère Benoît Ente – Isaïe 25, 6-9 ; 1Jn 3,14-16 ; Jn 17,24-26

Il nous arrive entre frères de regarder un film en général le vendredi soir. La semaine dernière nous avons regardé un manga japonais Anzu, chat fantôme. Une adolescente vit difficilement le deuil de sa mère. Grâce à un chat aux pouvoirs surnaturels, elle parvient à aller au royaume des morts pour rencontrer sa défunte mère. Ce royaume est décrit comme un immense hôtel où chacun travaille au service de démons pas très malins. C’est une vision qui n’a pas grand-chose de chrétien. Et vous, comment imaginez-vous la vie éternelle ? Une plage de sable fin ? La rencontre de ceux qui nous ont précédés ? Une lumière bienfaisante qui vous enveloppe ? La Bible utilise principalement deux images pour décrire la vie éternelle : le banquet et les noces. La première image ‒ le festin ‒ évoque la sensation d’abondance, de complétude et de communion. La seconde image ‒ les noces ‒ renvoie à une relation entre deux êtres faite de sentiments, de désir, d’engagements réciproques et d’une union dans la tendresse.
Frères et sœurs, quand nous aimons en vérité, quelle que soit notre culture, notre religion, notre richesse, nous rendons présent dès ici-bas le Royaume de Dieu, nous vivons dès maintenant de la vie éternelle. « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. » Encore faut-il se mettre d’accord sur ce que c’est « aimer ». Notre culture occidentale contemporaine identifie l’amour au sentiment amoureux, à une émotion particulière. Le sentiment fait certainement partie de l’amour, mais il n’est pas l’amour. L’apôtre Jean nous partage son expérience : « Voici comment nous avons reconnu l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ». Pas de meilleurs indicateurs de l’amour que ce geste fou : donner sa vie. C’est en ce lieu frères et sœurs que s’ouvre la porte du paradis. Consacrer chaque jour sa vie, goutte à goutte, pour notre prochain nous fait dès maintenant partager la vie divine et du même coup la vie éternelle.
Facile à dire, impossible à faire, me direz-vous, y compris pour nous religieux dominicains. Jésus est le chemin donné par le Père vers ce plus grand amour. Il est le plus vivant des hommes. Qu’il soit sur les chemins de Galilée ou sur la croix du Golgotha, il est pleinement vivant c’est-à-dire qu’il demeure dans le don de lui-même, dans l’amour. C’est son lieu. Et il prie son Père pour que nous soyons nous aussi dans ce lieu. Ce n’est pas n’importe quelle prière. Ce sont les derniers mots de la grande prière de Jésus après son dernier repas, juste avant son arrestation. Ce sont ses ultimes paroles. Elles disent ce à quoi Jésus tient le plus, sa prière la plus instante. « Je veux qu’ils contemplent ma gloire » Jésus veut que nos yeux, notre cœur et notre intelligence perçoivent l’extraordinaire noblesse de son amour sur la croix et ainsi que nous nous laissions attirer, entraîner par cet amour.
Jésus nous fait connaître le Père il nous permet de voir l’amour du Père pour nous. Dieu nous aime et il se donne à nous chaque jour. Il nous donne la vie qui est aussi sa vie. Il nous donne un corps qui est aussi son corps. Il nous confie la terre et toute la création qui est aussi sa création. Il nous envoie son Fils qui est aussi sa Parole, SON amour fait chair. Dès que nous percevons cet amour, dès que nous en vivons, il agit en nous comme une eau vivifiante qui produit la vie, comme un parfum qui infuse en notre âme. Comme une semence d’éternité. Comme si nous recevions de la lumière en nous. Nous devenons automatiquement lumineux nous-mêmes, c’est-à-dire rayonnant de l’amour divin.
Vendredi dernier, avec le fr Emmanuel, nous avons regardé le film Rome ville ouverte de Roberto Rossellini. Un chef de résistance non chrétien donne sa vie dans la souffrance pour sauver celle d’autres résistants. Dans ce geste héroïque qui le configure au Christ, il est soutenu par la prière d’un prêtre. À sa mort, le prêtre le bénit et signifie ainsi son entrée en paradis. Frères et sœurs, en vérité, notre vie n’a qu’un but : parvenir à cet amour qui est la vie éternelle. Si nous n’y parvenons pas encore, ce n’est pas grave. L’essentiel est de se mettre en chemin et ce chemin c’est Jésus lui-même. Gardons l’espérance dans la prière pour nous et pour ceux qui nous ont précédés, car notre Dieu est assez grand pour que, en un instant, Il nous fasse franchir ce qu’il reste du chemin jusqu’à Lui. Amen.