Compagnons des saints

Homélie du 1er novembre 2025 à l’occasion de la fête de la Toussaint – frère Jean-Pierre Brice Olivier – (Ap 7, 2-4.9-14 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a)

Nous sommes soulagés d’entendre que les élus sont une multitude que nul ne peut dénombrer,  foule immense, toutes origines confondues, toutes ethnies rassemblées, tous dialectes mêlés… La  vie éternelle n’est pas liée à une quelconque appartenance, pas plus à une race ou à un peuple  qu’à une église. Le salut déborde tous les critères sélectifs, il est personnel et universel. Quel  humain pourrait-il ne pas être appelé par Dieu ? 

Vous n’êtes plus étrangers ni gens de passage, vous êtes de la même cité que les saints, membres de la famille de Dieu . Nous ne sommes ni étrangers, ni hôtes, ni résidents, mais1 compagnons des saints : chez nous avec eux. Il ne s’agit même plus de la belle réalité de  l’hospitalité, mais d’une fraternité à égalité. La communion qui nous unit aux autres humains  dépasse tout attachement ordinaire, elle transgresse les liens de sang, les solidarités de clan ou  de famille, elle déborde les conventions de culture, elle ne tient pas compte de l’enclos exclusif des  religions. Cette fraternité devient habitation et refuge ; en moi, se développe une sollicitude  charnelle pour chaque prochain rencontré, au delà de l’apparence, riche, pauvre, mendiant,  souffrant, étranger, prisonnier, mourant. Là est l’Église universelle. Qui vous accueille m’accueille  et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé . Accueillir un autre, c’est recevoir le Christ,2 héberger le Christ, c’est abriter Dieu son Père.  

Je crois à la sainte Église catholique, à la communion des saints , admirable réalité où les citoyens3 du ciel veillent sur les pèlerins de la terre. Nous sommes dans cette communion de la terre et du  ciel, qui réunit tous ceux qui sont dans l’amour et appartiennent au Christ. Celui qui aime est né de  Dieu et connaît Dieu . Là est l’Église catholique.4 

Ces gens vêtus de robes blanches… viennent de la grande épreuve. Quelle est-elle la grande  épreuve, sinon celle de notre vie vivante, dans les convulsions du monde ? Notre choix constant  de la vie contre toute mort, notre décision définitive d’aimer face à la haine, notre combat incessant  devant toutes les formes du mal, sont notre grande épreuve. Au quotidien, nous vivons de la  parole du Christ, nous qui connaissons l’échec de l’amour quand il n’est pas reçu. 

Les béatitudes sont la vérité de Jésus lui-même, le pauvre, celui qui pleure, le doux, le  miséricordieux, le cœur pur, l’artisan de paix, l’insulté… Dieu venu dans notre chair nous invite à  vivre notre incarnation comme lui, avec lui. Dieu si éloigné devient tellement proche, Dieu  tellement autre se rend si semblable. Il ne nous détache pas de notre nature, ne nous isole pas  des tristes réalités du monde, mais nous rejoint dans notre chair, s’unit à chacun dans ses  défaillances et ses luttes.  

La sainteté est là où Dieu réside, intérieure, en nous. Alors, même si nos actes peuvent être jugés  coupables par d’autres, ils n’entament pas la sainteté en nous. Christ vient rétablir mon humanité  dans ma propre chair, Jésus se fait homme pour que je devienne homme. Mes questions  demeurent, mes inquiétudes durent toujours, avec mes épreuves et mon mal, mon désir d’être  différent, mon aspiration à être aimé, mais tout change. Dieu vient en moi pour l’accomplissement  de mon être et me place dans la communauté des membres du Christ, tous saints.  Nous ne formons qu’un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.5 

JeanPierreBrice OLIVIER 

Évry, 20251101 

1 Éphésiens 2, 19
2 Matthieu 10, 40
3 Symbole des apôtres
4 1 Jean 4, 7
5 1 Corinthiens 10,17