Homélie du dimanche 12 octobre 2025 – Lc 17,11-19 – les 10 lépreux – fr Benoît Ente op

Frères et sœurs, trop souvent, nous ne mesurons pas les richesses dont nous bénéficions dans notre pays la France : une protection sociale, un système de santé accessible à tous, un confort de vie auquel beaucoup aspirent, une culture riche, plus important, la liberté de pouvoir penser et dire ses opinions politiques ou religieuses quelles qu’elles soient, la liberté de pouvoir nous rassembler comme ce matin pour prier ensemble et célébrer l’Eucharistie, la possibilité de frapper à la porte de la justice si nous avons été lésés, avec toutes les chances d’être entendu.
Il y a aussi des richesses dont nous bénéficions parce que nous sommes des êtres humains : la capacité de penser, de parler, de créer, de se déplacer, de choisir. Nous bénéficions aussi pour la plupart d’entre nous de parents qui nous ont nourris, soignés, protégés alors que nous étions totalement dépendants, tout juste capables de manger et dormir.
Et pourtant, trop souvent, nous ne sommes jamais contents. On se plaint et on trouve que rien ne va, que la vie est trop lourde à porter. Il y a parfois une raison à cela : nous oublions de dire MERCI… Merci pour les soins de l’infirmière passée ce matin pour refaire mon pansement, merci à ceux qui ont cultivé le blé et cuit le pain que je mange chaque jour, merci à ceux qui, sur ma route m’ont fait connaître Jésus, merci à Celui qui nous a donné la vie. MERCI.
Il n’y a qu’un lépreux sur les dix, le samaritain, l’étranger comme l’appelle Jésus, lui seul a l’audace de revenir sur ses pas pour dire MERCI à Celui qui l’a guéri. Frères et sœurs, il arrive que nous sombrions dans le désespoir parce que nous oublions de dire merci. Petit exercice pratique : commencez chacun de vos temps de prière par dire merci.
Mais dans l’Évangile de ce jour, il y a bien plus qu’un merci. Jésus termine par cette phrase : « Lève-toi ! Ta foi t’a sauvé ! » Les neuf lépreux ont été guéris ; le Samaritain, lui, a reçu le salut. Quelle est cette foi de l’ex-lépreux samaritain qui lui permet d’être sauvé ? Avez-vous des idées là-dessus ? … Dès qu’il est guéri, le samaritain revient sur ses pas et, nous dit l’Évangile, il rend gloire à Dieu. Cela signifie que l’homme CROIT que sa guérison ne doit rien au hasard ou à la chance, mais il CROIT que sa guérison lui vient de Dieu. Il a vu en Jésus un homme exceptionnel qui ne l’a pas jugé, un homme qui l’a aimé lui l’étranger-lépreux. Il entre dans une relation avec Jésus faite de reconnaissance. Comme je peux être éternellement reconnaissant envers un ami qui m’a sauvé la vie alors que j’étais rejeté par la société. Savez-vous quel est le mot grec dans l’évangile qu’on traduit par reconnaissance ou action de grâce ? εὐχαριστέω.
La messe est une action de grâce, un acte de reconnaissance envers Dieu. Frères et sœurs, dans le Christ, par le baptême, nous sommes sauvés, guéris de la lèpre du péché. Dieu nous accorde son Esprit qui fait de nous ses enfants. N’est-ce pas le plus beau des cadeaux, le plus grand des dons, un bienfait que nous ne pouvons même pas imaginer ? Bien sûr, cette reconnaissance ne se limite pas à la messe. L’Eucharistie donne le ton, la direction. Car toute notre vie est appelée à devenir eucharistique c’est-à-dire une vie qui est une action de grâce, un geste de reconnaissance envers Dieu, LUI qui nous a sauvés dans le Christ. Cette attitude est le meilleur remède contre le mal. C’est cette disposition intérieure qui permet à Paul de tout supporter. Il affirme : « C’est pour lui, Jésus, que j’endure la souffrance ». Paul agit par reconnaissance, il est un homme eucharistique. Je me suis amusé à regarder le nombre de fois ou ce verbe εὐχαριστέω était utilisé dans le Nouveau Testament. 42 fois. 10 d’entre eux, c’est Jésus qui rend grâce au cours d’un repas. Pour plus de 20, c’est Paul qui rend grâce ou bien la communauté à laquelle il appartient « nous rendons continuellement grâces à Dieu ».
Frères et sœurs, avant Paul, notre ami samaritain est devenu un être eucharistique. Sa foi lui a permis d’être habité par un puissant sentiment de reconnaissance envers Jésus et envers Dieu. À sa suite, que notre vie entière devienne dans le Christ un immense MERCI adressé à notre Père. AMEN
