Evangile du dimanche 11 janvier, fête du baptême du Seigneur, Mt 2, 1-12
Homélie du frère Emmanuel Dumont

Evangile du dimanche 11 janvier, fête du baptême du Seigneur, Mt 2, 1-12
Homélie du frère Emmanuel Dumont

Évangile de la fête de l’épiphanie, dimanche 4 janvier 2026
Homélie du frère Benoît Ente, Mt 2,1-12
Est-ce que parmi vous, il y en a qui ont vu notre vidéo Joyeux Noël ? Savez-vous combien de langues il y a en tout ? … 17. Cette vidéo a remporté un petit succès. Plus que ce qu’on attendait. Lorsqu’on regarde cette vidéo, on perçoit en une minute l’universalité de l’Évangile. Chaque visage semble heureux de fêter la naissance de Jésus. Jésus n’est pas une excellente nouvelle uniquement pour les Européens, il est une merveilleuse nouvelle aussi pour les Congolais, les Sénégalais, les Vietnamiens, les Wallisiens et les mages qui viennent de l’orient.
Et les mages sont guidés par… l’étoile. Cette étoile que nous mettons au sommet des sapins. Les mages ne connaissent pas la Bible. Ils sont païens. Ils ne connaissent pas les prophètes qui annoncent la venue du messie. Et bien, cela n’empêche pas Dieu de les conduire à Jésus. Les mages sont des sortes de savants de l’époque et ils passent leur temps à scruter, observer et essayer de comprendre comment fonctionne le Ciel. Ce sont des chercheurs de sens. Dieu va utiliser leur langage, leur soif, leur connaissance pour les amener jusqu’à Jésus. Il utilise une étoile. Cette petite étoile qui guide les mages représente ce que Dieu a semé dans chaque culture, dans chaque histoire personnelle pour préparer la rencontre avec Jésus et nous conduire vers lui. Dieu parle à chacun d’une manière unique en fonction de sa culture, de son histoire, de ses centres d’intérêt, de ses manières de penser.
Hier nous étions réunis avec l’APA. Cédric, l’un des coloc nous a raconté comment, lors de la prière d’un chapelet, Dieu l’avait aidé à prendre une décision. Cette manière avait étonné tout le monde, mais c’était la manière avec laquelle Dieu guidait Cédric. Ces moyens par lesquels Dieu nous guide peuvent évoluer. Regardez les mages, ils sont amenés vers Jésus par une étoile et ils sont guidés sur le chemin du retour par un songe. Les moyens dont Dieu dispose sont infinis : une rencontre, une lecture, un événement, une intuition, plus rarement une vision.
Mais dans cette diversité, il y a aussi des constantes, des éléments qui touchent toutes les cultures. Je m’adresse maintenant aux cinéphiles. Est-ce qu’il y en a qui ont vu le film de Pasolini L’Évangile selon Saint-Matthieu ? Est-ce que vous vous souvenez de la scène des rois mages ? Ils arrivent sur une hauteur avec leurs chevaux. Ils baissent les yeux et voient en contrebas Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. Ils descendent alors lentement le chemin pour arriver jusqu’à la petite famille. Ce mouvement dans l’espace représente un mouvement intérieur d’abaissement pour arriver jusqu’à Jésus. Quand un adulte se baisse pour se mettre à hauteur d’un enfant, il se met à égalité pour entrer en relation avec l’enfant et témoigne de son amour pour lui. C’est exactement ce que Dieu fait lorsqu’il se fait homme au milieu des hommes.
Toutes les cultures peuvent comprendre l’acte d’amour qu’il y a dans ce geste d’abaissement de Dieu. Ce geste d’amour, Jésus lui-même va le refaire lors de sa Passion. Sur la croix, il s’abaisse au rang des damnés. Il est livré entre les mains des hommes comme un petit enfant sans défense. L’évangéliste Jean utilise l’image de l’agneau pour exprimer cela.
Quand les mages se prosternent devant l’Enfant Jésus, ils sont comme des prophètes qui reconnaissent déjà la toute-puissance royale de Jésus qui va aimer les siens jusqu’au bout, jusqu’à la Croix. Les mages lui offrent leurs présents venus de leurs pays. Et aujourd’hui, les mages, c’est vous, c’est moi. Vous vous êtes déplacés jusqu’ici pour offrir à Dieu la diversité des cultures et des langues dont vous êtes originaires. Nous portons avec nous cette richesse et nous l’offrons à Dieu par l’encens de nos prières et l’or de notre foi, notre bien le plus précieux.
En échange, le Seigneur nous offre également un cadeau, ce qu’il a lui-même de plus précieux, il nous offre son Fils unique. Dans le film de Pasolini, Marie se lève et tend son enfant à l’un des mages qui le prend dans ses bras. Elle offre son enfant au monde. Elle refait le geste de Dieu lui-même, qui nous offre son Fils unique pour faire de nous tous ses enfants bien aimés. Amen.
Évangile du dimanche 28 décembre 2025 – Mt 2, 13-15.19-23
Homélie du frère Emmanuel Dumont (Si 3, 2-6.12-14 et Mt 2, 13-15.19-23)
homélie du 25 décembre – fr Benoît Ente – Jean 1,1-18
Evangile
Homélie
Il y a deux jours, une amie m’appelait pour me souhaiter un joyeux Noël et prendre quelques nouvelles. Son mari est atteint de la maladie d’Alzheimer. Ils ont mené la vie commune et elle s’est occupée de lui aussi longtemps qu’il était possible et même elle est allée bien au-delà. Mais depuis deux mois, son mari est dans une maison spécialisée. Elle me disait qu’elle avait réorganisé son emploi du temps. Elle ne manque ni d’activité ni d’ami. Et pourtant, elle m’a confié que son mari lui manque. Sa présence physique lui manque. Quand quelqu’un qu’on aime est physiquement présent, cela change tout. C’est une présence irremplaçable. Cet autre être humain partage mon expérience de vie, mon expérience humaine.
Ce petit échange téléphonique m’a aidé à prendre conscience de l’extraordinaire nouveauté du mystère de Noël. Dieu, le créateur de l’univers, se rend PHYSIQUEMENT présent parmi nous. L’évangéliste Jean le dit dans ses mots, le verbe s’est fait chair. Et cette présence physique, dans la chair, dans notre chair, change tout. Dieu PARTAGE NOTRE CONDITION D’ÊTRE HUMAIN. Il vit l’expérience d’un nouveau-né qui respire le même air que nous, qui a faim et soif, qui a froid et chaud, qui ressent du plaisir en tétant le lait de sa mère, qui dort et se réveille, qui ressent de la douleur lorsque ses dents poussent, qui apprend à marcher et à parler, qui obéit à ses parents et qui joue avec d’autres enfants. Dieu se rend présent physiquement avec nous, il expérimente ce que ressent un être humain et cela change tout.
On parle souvent du saut de la foi. Là, on peut dire que Dieu fait le grand saut de l’incarnation. Ce n’est pas un moment de folie passagère. Il a une solide motivation pour faire cela : son amour pour nous, pour chacun d’entre nous. Il y a peut-être ici des couples mixtes, l’époux d’un pays ou d’une religion et l’épouse d’une autre. Vous avez certainement voyagé pour découvrir le pays et la famille de votre épouse ou de votre époux. Quand vous aimez quelqu’un, vous avez envie de découvrir d’où il vient, ce qu’il aime, ce qui le fait vivre et c’est l’amour qui vous porte. De la même manière, Dieu veut connaître de l’intérieur ce que nous vivons et c’est l’amour qui le porte.
Nous savons que le petit enfant de la crèche, 30 ans plus tard va quitter cette terre. Sa présence physique manquera à ses amis. Et pourtant, sa venue parmi nous dans la chaire change tout. Elle dessille nos yeux. Depuis ce jour, nous pouvons voir cette présence de Dieu dans chaque naissance. Le don de Dieu se renouvelle à chaque petit enfant qui vient au jour animé d’une étincelle de vie qui nous dépasse totalement. La venue de Dieu dans la chair enrichit notre regard sur notre prochain. Nous nous émerveillons de voir son chemin de conversion, son désir de sainteté, de pureté de cœur, sa progression pas à pas vers un amour toujours plus grand, à la manière d’un enfant. Ce changement de regard que chacun peut expérimenter est déjà le signe de la vie divine qui commence à germer en nous.
L’évangéliste Jean a expérimenté ce miracle de Noël dans sa propre chair, le miracle d’une présence divine à l’intérieur de lui-même qui s’est engendré jour après jour. Et il a compris que ce miracle s’est réalisé par sa foi en Jésus, vrai homme et vrai Dieu, par sa foi en un Dieu dont l’amour est si grand qu’il s’est incarné. « À tous ceux qui l’ont reçu, eux qui croient en son nom, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu ». POUVOIR DE DEVENIR ENFANT DE DIEU. Les super héros nous attirent par leurs super pouvoirs. Mais notre Dieu est le plus grand des superhéros. Il nous donne le plus grand de tous les pouvoirs, celui de devenir enfants de Dieu, celui de partager sa vie divine comme il a partagé notre vie humaine.
L’Eucharistie est le sacrement par lequel cette vie de Dieu nous est communiquée. Le Verbe s’est fait chair dans le sein d’une vierge à Bethléem il y a deux mille ans pour se faire chair aujourd’hui à Évry en chacun de nous. Dieu se rend présent dans un peu de vin et de pain. Il est remis entre nos mains, vulnérable et précieux comme un bébé qui vient de naître. Dans ce pain et ce vin, il se donne à nous et son incarnation continue de se réaliser dans tous les peuples, toutes les cultures de tous les temps pour notre plus grand bonheur et notre plus grande joie. Amen.
Homélie du samedi 20 décembre 2025 – frère Etienne D’Ardailhon – Lc 1,26-38
Mardi dernier, j’ai fait lectio sur l’évangile de jeudi avec les élèves de Notre-Dame de Sion. Beaucoup d’athées, de musulmans et de chrétiens, tous mélangés. Si vous aviez vu leurs yeux. Lorsque j’ai lu le songe de l’ange à Joseph. C’est si proche de l’annonce faite à Marie dans ce texte. Dieu envoie son ange Gabriel dire aux futurs parents qui ils concevront. Cet enfant qui s’en vient n’est pas n’importe qui. Il est annoncé, attendu, désiré, choyé, aimé, bercé, éduqué, grondé, consolé. Chacun de nous, nous sommes un peu cet enfant. Chacun de nous, nous sommes un peu ces parents. Nous attendons dans la joie ce petit être qui va naitre à Noel.
O si vous aviez vu leurs yeux, lorsque je leur ai dis que chacun d’eux était désiré par ses parents. Conçu par eux ; voulu par Dieu. Créé comme un tout parfait. Choisi pour être, grandir et vivre. Aimer, à l’image de Dieu, et être aimés. À son image, faits pour créer. Infiniment beaux. Dans leur corps, leurs âmes et leurs cœurs. Faits pour les rires et la douceur. Faits pour aimer.
Si vous aviez vu leurs yeux. Lorsque j’ai parlé de tous ces noms. Joseph, « Il ajoutera encore » de la Maison de David « le bien-aimé » ; Jacob « suivre / supplanter », Juda « louange » ; Elisabeth
« Dieu est/donne abondance ». Marie : à la fois la rebelle et la bien-aimée ; Gabriel : « Dieu est ma force » ; Jésus : Le Seigneur sauve ; Emmanuel : Dieu avec nous ;
Si vous aviez vu mes yeux, lorsque j’ai compris combien ces enfants de parents séparés avaient soif d’être aimés. Qu’on leur dise leur identité. De connaitre la signification de leurs prénoms. De savoir d’où ils sont, pour deviner qui ils seront. De comprendre leur identité. De se savoir aimés. Si vous aviez vu mes yeux, pleins d’eau, de les découvrir nus et beaux. Devant le mystère de leur origine, fragile et ténu, tout plein de désirs contenus. Être appelés, désirés, entendus.
Si vous aviez vu nos yeux. Lorsque nous avons compris. Que nous sommes tous destinés à accomplir la prophétie de nos vies. À accomplir la prophétie d’Isaïe. 700 ans avant son heureux avènement, Isaïe qui prophétise que Marie concevra l’Emmanuel. Dieu avec nous. Dieu au milieu de nous. Dien en nous.
Si vous aviez vu nos yeux. Nous sommes tous destinés à accomplir la prophétie de nos vies. À devenir ce que nos prénoms signifient. Ce que Dieu a déjà semé en nous, ce à quoi nous sommes appelés. Comme Marie, nous devons lui dire Oui. Passer nos vies à comprendre ce que ce oui signifie. Le méditer, le rechoisir, le polir, pour enfin l’habiter et s’en contenter. Se façonner un cocon et s’y lover. Être en paix avec nous-même, s’enraciner, s’étirer, fleurir, et porter du fruit en abondance, prier, et porter notre espérance. Dieu envoie son messager du haut du ciel. Un cri retentit, un appel. « Viens et suis-moi ». Dis-moi oui, comme Marie. Ose. Attends. Prie. Que vienne cet enfant, Dieu avec nous, Emmanuel.
Homélie du 3e dimanche de l’Avent 2025 – frère Benoît Ente – Is 35, 1-6a.10 ; Mt 11, 2-11
Est-ce que parmi vous, il y en a qui ont déjà marché dans le désert ? Des dunes à perte de vue, une sécheresse implacable. À vue humaine, rien ne semble pouvoir changer cet état des choses. Et voilà que le prophète Isaïe donne l’ordre au désert de fleurir comme la rose, de se couvrir de fleurs des champs. Il va jusqu’à affirmer : « on verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu ». L’image est forte, puissante. Comment Isaïe, des siècles avant la venue du Christ peut-il affirmer cela ? Isaïe a perçu un événement extraordinaire qu’il décrit un peu plus loin : « Dieu vient lui-même ». Il vient en personne. Quand c’est Dieu qui se déplace et bien Isaïe nous l’annonce, ça déménage ! Les muets crient de joie et les boiteux bondissent comme des cerfs.
En attendant ce grand jour, nous dit Isaïe, il faut affermir, rassurer, soutenir pour tenir le coup. Effectivement, sept siècles plus tard, une source coule dans le désert de Judée. La prédication de Jean-Baptiste. On retrouve chez lui la même radicalité, la même force des images qui frappent les esprits. Et il a du succès, Jean-Baptiste. Les gens viennent en foule jusqu’à lui. Il est reconnu comme un maître spirituel au point que certains deviennent ses disciples. Et voilà que Jean-Baptiste se retrouve en prison à cause de la femme d’Hérode. Il est seul, isolé, dans le froid et l’obscurité. Pourtant, il est resté fidèle à son Dieu. Il n’a pas dévié de sa mission de prophète. Si Jésus est le messie, que fait-il ? N’est-il pas venu pour libérer les opprimés ? Pourquoi ne vient-il pas libérer son cousin ? Ensemble, ils feraient merveille. Jean-Baptiste, celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu, est maintenant traversé d’un doute affreux. « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
En janvier, un petit film va être tourné ici dans cette chapelle. L’équipe technique est venue en repérage vendredi. J’ai pu discuter avec l’un d’entre eux qui s’appelle Bernard. Je lui ai demandé s’il avait la foi. Il m’a répondu qu’il avait une grande foi quand il était enfant. Puis, alors qu’il était encore jeune, sa mère est décédée. Il ne pouvait plus croire en un Dieu qui avait laissé faire cela. Bernard traverse une épreuve semblable à celle de Jean-Baptiste. Comment croire en un Dieu qui me prive de ma maman ? Comment croire en un Dieu qui me laisse croupir en prison privé de nourriture et de boisson lorsque Hérode, lui, jouit et profite de biens abondants. Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre, plus fort, plus puissant ? Un messie qui jugera tout de suite les tyrans, les assassins, les menteurs. Un messie qui rétablira immédiatement la justice et qui rendra la vie belle et paisible aux innocents.
Jésus répond à son cousin avec un crescendo de faits extraordinaires : Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et… apothéose, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. C’est le sommet des signes. Quand les pauvres sont évangélisés, le Royaume des Cieux est là. La misère qui sévit dans nos sociétés est la plus grande injustice, la plus structurelle. Quand les pauvres sont évangélisés, c’est la plus grande des justices. Notre Dieu se place toujours du côté du pauvre, de l’opprimé, du malade, de celle qui meurt d’un accident et de celui qui en souffre. Il n’est jamais du côté de ceux par qui ces choses arrivent. Il n’est pas plus un Dieu qui tire les ficelles de tous les événements de notre histoire. Il les traverse avec nous comme il a traversé les humiliations lors de sa passion. Notre Dieu vient en ce monde sans aucun pouvoir, sinon celui de sourire à sa mère ou à son père, celui de réclamer de la tendresse et du lait, celui de nous aimer et de nous mendier notre amour. Notre Dieu naît dans ce monde pauvre comme un mendiant d’amour et il le quittera pauvre comme un esclave châtié.
Frères et sœurs, il y a de quoi être déconcerté. Notre Dieu ne peut rien contre les événements tragiques qui nous arrivent. Mais il peut nous aider à les traverser avec lui et ainsi en ressortir plus grand, plus libre. En ce temps de l’Avent, ouvrons lui bien grande la porte de notre cœur. Oui frères et sœurs aujourd’hui, le Seigneur vient en personne. Soyez forts, ne craignez pas et réjouissez-vous. Voici votre Dieu. Il vient lui-même pour faire surgir des torrents dans le pays aride de nos âmes, pour transformer la région de la soif, en eaux jaillissantes. Amen.
Homélie du dimanche 7 décembre – frère Antoine de la Fayolle – Mt 3, 1-12
homélie du dimanche 30 novembre – frère Benoît Ente – évangile selon saint Matthieu 24,37-44
Ma première année comme frère dominicain, quand j’étais novice à Strasbourg, j’ai pris au sérieux la parole de Jésus, mais de manière un peu trop littérale. La nuit, je me levais pour aller prier seul dans l’église du couvent. Le lendemain, j’étais tellement épuisé que je tenais à peine debout ou à peine assis, surtout pendant le temps de lectio où nous devions méditer la Bible. J’ai compris une chose qui va vous paraître évidente, quand Jésus demande de veiller, il ne demande pas de se priver de sommeil. Le mot dans sa bouche a un autre sens. Je vous propose de nous y arrêter pour essayer de comprendre un peu mieux ce qu’il peut bien signifier. C’est d’autant plus important que ce terme revient souvent : dans les trois premiers évangiles, dans les lettres de Paul, de Pierre et même dans l’Apocalypse.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, quand Jésus fait référence au déluge, il semble critiquer ceux qui mangent, boivent, se marient. Ce ne sont pas ces activités qui posent problème. Jésus a participé aux noces de Cana, il est souvent invité à des repas au point qu’il a une réputation de glouton et d’ivrogne. La critique de Jésus porte sur ce cas précis où nous réduisons la vie à manger, boire, se marier SANS VOIR PLUS LOIN. Dieu ne nous a pas donné la vie seulement pour cela. Il y a un autre projet. Frères et sœurs, nous ne sommes pas des hamsters enfermés dans l’aquarium terrestre que Dieu observe pour tromper sa solitude. Un mystère entoure chaque vie humaine, entendez le bien, un mystère entoure CHAQUE VIE HUMAINE, le mystère d’une vocation divine.
Dieu veut faire de nous ses enfants. On a peine à y croire. Comment cela est-il possible ? Je vous rassure, nous ne sommes pas chez Harry Potter. Nous n’avons pas à chercher dans un vieux grimoire une formule ou une potion magique pour opérer la transformation. Nous devenons enfants de Dieu de la manière la plus simple, la plus commune qui soit, par une naissance, un enfantement à une vie nouvelle. C’est un processus long qui prend bien plus que 9 mois. C’est un processus qui prend même… toute la vie. Exactement comme l’enfant se forme dans le sein de sa mère, la vie divine grandit en nous peu à peu, miracle d’une présence divine qui se fait jour en nous et discrètement, nous transfigure.
Veiller en grec se dit γρηγορεύω qui vient du verbe ἐγείρω « se réveiller » « se lever », le verbe qui dit la résurrection de Jésus. Veiller, cela ne veut pas dire rester là sans rien faire, mais au contraire, cela signifie se lever et se mettre en route. Vivre dès maintenant de la vie du Ressuscité ou plutôt accompagner la vie du Ressuscité qui peu à peu grandit en nous. Et les coups durs, les échecs, les chutes n’y peuvent rien. Au contraire, toutes ces épreuves vécues avec le Christ, vont promouvoir cette croissance. Quand Jésus parle du Fils de l’homme qui vient, il ne parle pas d’une apparition grandiose dans le ciel que nous devrions attendre patiemment. Il parle de cette naissance à la vie divine à laquelle nous sommes TOUS appelés.
Veiller, c’est le mot d’ordre pour ce premier dimanche de l’Avent. Veiller, c’est-à-dire déverrouiller la porte de notre cœur et y laisser entrer le Christ. Veiller, c’est cultiver une vie intérieure intense, quotidienne, avec notre Seigneur. Veiller, c’est croire de toute notre force que dans ce cœur à cœur avec Dieu, grandit jour après jour la semence d’éternité reçue lors de notre baptême. La sobriété du temps de l’Avent est là pour nous rappeler l’essentiel de notre mission sur la terre : naître, renaître à la vie divine.
Dans l’Évangile de Jean, on ne trouve pas le terme « veiller ». Le disciple bien aimé a choisi un autre mot plus évocateur : demeurer. Veiller, c’est demeurer avec le Christ, demeurer dans son amitié et désirer son amour. Quand un ami ou un conjoint demeure dans notre cœur, il ne nous surprend jamais, il est toujours bienvenu. De même, frères et sœurs, que le Christ demeure dans notre cœur et il ne nous surprendra pas, au contraire, sa venue nous réjouira, de cette joie sainte d’une naissance, la joie de Noël. Amen.
homélie pour la fête du Christ Roi – 23 nov 2025 – frère Étienne d’Ardailhon
homélie du dimanche 16 novembre – frère Benoît Ente – évangile selon saint Luc 21,5-19
Dimanche dernier, le frère Emmanuel a organisé une sortie avec les étudiants. Nous les avons emmenés visiter le château de Versailles, emblème de la monarchie. Nous avons admiré l’élégance des perspectives, la lumière de la galerie des Glaces, la splendeur de l’église. Comment aurions-nous réagi si quelqu’un nous avait dit « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Je pense que nous ne l’aurions pas cru.
Et pourtant, tout a une fin. Cette orchidée devant l’autel, ce jour si beau, notre vie… Même notre planète a une fin. Mais rassurez-vous, d’après les scientifiques, la Terre restera habitable encore pendant 1,75 milliard d’années. Comme dirait l’autre, on a encore quelques années devant nous.
Tout a une fin. Et quand la fin arrive, les équilibres vacillent, les fondations s’ébranlent. Ces bouleversements concernent à la foi l’individu. Par exemple, quand, avec l’âge, la fin de ma vie arrive, mon corps, ma mémoire, ma vivacité d’esprit s’affaiblissent. Le sentiment de naufrage peut m’envahir comme si le sol se dérobait. Apparaît alors ce qui me tient vraiment. Non pas mes facultés physiques ou mentales, mais mes relations avec mes proches : parents, enfants, conjoints, amis et plus que tout le reste, ou plutôt à travers tout le reste ma relation avec Dieu quelque soit la forme qu’elle prend.
Mais dans l’Évangile, le bouleversement décrit par Jésus n’est pas personnel. Il est clairement collectif : famine, guerre, épidémies. On a l’impression que le mal se déchaîne, comme dans le passage de l’apocalypse où le dragon est libéré pour l’ultime affrontement. Il met ses dernières forces. Il joue son vatout. Ce qui nous intéresse dans ce chaos apocalyptique, c’est ce qui résiste, vaille que vaille. Une expression revient deux fois dans l’évangile, l’avez-vous repéré ? « À CAUSE DE MON NOM ». Le nom de Jésus résiste comme un rocher de granit face à la tempête. Il résiste grâce aux hommes et aux femmes qui demeurent fidèles dans la foi, l’espérance et la charité.
Je me rappelle en 2020, lors du premier confinement, nous avions l’impression que le monde s’écroulait et, dans notre petite communauté de Lille, nous continuions à prier le matin, le midi et le soir. L’Église que nous formons a continué de louer son Seigneur et rien ne pouvait l’arrêter. Je ne le souhaite pas, mais si une guerre éclatait sur le sol français et que le château de Versailles s’effondrait, l’Église continuerait de célébrer et d’annoncer, coûte que coûte, la mort et la résurrection du Christ. Même dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, des hommes, des femmes ont risqué leur vie pour célébrer la messe.
C’est même quand le dragon montre le plus d’acharnement, lorsqu’il persécute de la manière la plus effrayante les affamés de justice, les pauvres de cœur, les combattants de la liberté et tous ceux qui portent haut l’étendard du Christ, c’est dans cet acharnement du dragon que se révèle sa radicale impuissance. Il est vaincu. Le Christ lui-même donne un langage, une sagesse, une force à ses fidèles qui laissent leur adversaire KO. C’est un don de Dieu. C’est lui-même qui combat pour nous. Et ce don n’est pas réservé uniquement aux baptisés, ni à une élite de parfaits. La grâce de Dieu est insaisissable, elle surplombe les frontières sociales, politiques et même religieuses que nous construisons. Hier j’ai reçu un mail d’un ami que j’ai connu il y a 20 ans et dont je n’avais presque aucune nouvelle depuis. Il est atteint d’un cancer du cerveau. Il se déclare agnostique et il commence sa lettre ainsi : « Malgré (ou grâce à ?) mon cancer du cerveau, je suis heureux ! »
Frères et sœurs, ne nous berçons pas d’illusions. Ce que Jésus décrit, nous le connaissons maintenant. Famine, épidémie, guerre, persécutions. Cela dure depuis des milliers d’années et seul le Père sait quand cela se terminera. Mais au milieu de ces tourments, une chose est certaine, Dieu nous accompagne. Le nom de Jésus résiste. Jour après jour, la grâce enracine nos êtres dans l’Amour du Père, le roc éternel face à un monde où tout passe. Notre puissance réside en réalité dans celle de Dieu, dans son corps et son sang offert pour notre vie.
Alors Frères et sœurs, n’ayons pas peur et continuons notre marche humble et glorieuse dans les pas du Christ. Au réveil, une joie sans déclin nous attend, celle du Ressuscité le jour de Pâques.