Déclaration de paix

Evangile du dimanche 1er mars : Mt 17,1-9

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Homélie du frère Benoît Ente

J’avais imaginé une homélie sur les théophanies dans l’AT et le Nouveau : Moïse, Elie, etc. quand j’apprends la nouvelle du bombardement par les US et Israël de l’Iran avec les ripostes de ce pays. Impossible d’ignorer ce qui est en train de se passer dans notre monde : une nouvelle guerre qui s’annonce avec ses victimes des deux côtés. Nous semblons tellement démunis face à ce déchaînement de violence. Il ne s’agit pas de prendre position ici, mais de se demander ce que nous pouvons faire ?

Jésus à son époque a été également confronté à la violence des hommes. Des hommes entre eux et des hommes contre lui : on a déjà cherché à le lapider. Des états entre eux et Jésus connaît l’histoire de son petit pays de Palestine passé successivement entre les mains des grands empires alentours : l’Assyrie, les Babyloniens et maintenant, à l’époque de Jésus, Rome. Jésus connaît parfaitement les écritures qui sont remplies de violence : des hommes sont capables de massacrer leurs frères et sœurs pour avoir le pouvoir ou par vengeance. Autant de violences qui révèlent ce que l’homme est capable de faire.  

Et en même temps, dans ces écritures, la violence n’a pas le premier rôle. Le premier rôle revient à un personnage invisible présent dans chaque livre d’une manière ou d’une autre. On l’appelle Dieu, Elohim ou JE SUIS. C’est en son nom qu’à chaque génération des hommes et des femmes de justice et de paix se lèvent pour reconstruire, pour pardonner. C’est en son nom que des hommes et des femmes préfèrent perdre leur vie plutôt que de céder devant les caprices d’un tyran. C’est en son nom que des hommes et des femmes continuent d’espérer contre toute espérance. Car ce Dieu, épreuve après épreuve, semble creuser une attente et dessiner un chemin comme un plan pour sauver l’humanité et lui redonner son éclat des origines.  

Aujourd’hui, Jésus dialogue avec Moïse et Elie. Il dialogue avec cette riche histoire multiséculaire. Jésus voit combien l’homme se trouve englué ou esclave dans ses propres contradictions, dans sa propre violence, exactement ce que nous observons aujourd’hui. Jésus voit aussi dans son dialogue avec Moïse et Elie, le chemin de salut dessiné par le Père. Jésus perçoit que la seule chose à faire face au mal, c’est suivre la voie que le Père ouvre, cette voie empruntée par Abraham, Elie et Moïse. 

Quel est donc ce chemin, ce plan de salut qui s’ouvre devant Jésus sur le Tabor ? Fuir pour recréer un monde neuf ailleurs ? Cela ne résoudrait pas le problème à sa racine. C’est comme si Dieu n’assumait pas vraiment sa création. Répondre à la violence par la violence ? Nous le savons, cela ne fait qu’engendrer de nouvelles violences. Face à ceux qui en veulent à sa vie, Jésus ne peut ni fuir, ni répondre par la force matérielle. Le seul chemin possible consiste à marcher au cœur des ténèbres de notre humanité, au cœur de Jérusalem et dans cette marche, aimer jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie. Jésus voit cela, il voit que ce geste constitue l’offrande parfaite annoncée dans les écritures, une offrande qui libère définitivement du mal. 

Jésus voit ce chemin qui s’ouvre devant lui préparé depuis des siècles par le Père et il accepte de l’emprunter avec tout son cœur et avec toute sa force qui lui vient du Père. Il sait d’ailleurs qu’il est le seul à pouvoir l’emprunter. Il est beau Jésus dans ce moment là, plus blanc que la neige et plus brillant que le soleil. Il est le cœur battant de notre Dieu et la voix venue du ciel confirme aux oreilles des disciples que ce chemin est bien celui voulu par le Père.

Aujourd’hui frères et sœurs, il nous est offert d’emprunter également ce chemin ou plutôt de communier à ce chemin. En particulier, dans ce temps d’incertitude, nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Pourtant nous savons que quelque soit la situation, Dieu ouvre des chemins de vie pour l’humanité là où des hommes et des femmes acceptent librement de s’unir au Christ et avec lui, d’offrir leur vie par amour. Réjouissons nous car ce chemin est beau, resplendissant, plus blanc que la neige et plus brillant que le soleil. AMEN.

Divine contagion

Homélie du dimanche 22 février – Mt 4,1-11 – fr Benoît Ente

Evangile :

Homélie :

Comment avez-vous appris le français ? Ou le vietnamien, le wolof, le lingala ? Vous avez reproduit ce que vous avez vu faire par vos parents. Nous apprenons et nous devenons ce que nous sommes en imitant les autres. Surtout quand on est un enfant, on reproduit tout sans vraiment réfléchir. Il y a ici dans l’assemblée ma mère et ma sœur. Je me souviens quand ma sœur et moi étions enfants, nous n’avions pas le droit de regarder la télévision. Mes parents avaient trouvé une TV où le bouton marche/arrêt était inaccessible, protégé par une petit volet fermé à clé. Un jour ma mère était absente. Mes deux grandes sœurs sont allées chercher un couteau dans la cuisine et avec l’instrument ont réussi à allumer la télévision. Une semaine plus tard, j’étais seul à la maison et j’ai fait la même chose. 

Vous voyez où je veux en venir : nous imitons tout y compris le péché. Or le péché provoque une double satisfaction immédiate : le plaisir de regarder le petit écran mais aussi une sorte de jouissance d’être au-dessus des lois, la jouissance d’être comme Dieu… Oh il y a bien une petite voix de la conscience qui chuchote mais elle est trop ténue par rapport au plaisir ressenti. C’est ainsi que par la faute d’un seul, Adam, le péché s’est répandu dans le monde. Parce que nous nous construisons en imitant ceux qui sont en relation avec nous, nous devenons un être humain en même temps que nous devenons pécheur. Nous ne pouvons pas échapper à cette condition.

Vous avez bien compris que ce processus vient du fait que nous imitons nos semblables c’est-à-dire les hommes et les femmes fait de la même chair et du même sang que nous. Or aujourd’hui, chose surprenante, la Parole de Dieu nous parle des tentations de Jésus. Dieu est tenté. C’est une excellente nouvelle pour nous car cet évangile prouve de manière éclatante que Jésus est VRAIMENT HOMME. Jésus est PLEINEMENT HOMME. Comme nous, il est plongé dans un monde touché par le péché. Comme nous, il voit des hommes et des femmes commettre le péché. Il voit la satisfaction immédiate qu’ils en retirent. Comme nous, il se construit par imitation et donc il est tenté. Nous savons que Jésus a vécu en tout notre condition d’homme sauf le péché. Cela signifie qu’être tenté, ce n’est pas un péché. Cela fait partie de notre vie humaine comme manger, boire et dormir. On ne peut pas naître et vivre sur cette terre sans être à un moment ou à un autre tenté. Jésus est tenté parce qu’il est à la fois vraiment Dieu ET vraiment homme.

Mais si Jésus est vraiment homme, alors nous qui sommes des être humains, nous qui nous construisons par imitation, nous pouvons l’imiter. Il est de la même chair et du même sang que nous. Nous pouvons apprendre la langue de Jésus comme nous avons appris le français ou l’espagnol. Et la langue de Jésus, c’est la langue de l’Amour jusqu’au bout. Tous, nous en sommes capables car nous avons été créés pour elle. 

Frères et sœurs, tous nous avons fait l’expérience de céder un jour à une tentation. En réalité, seul Jésus est capable de résister à toutes les tentations. Il n’y a que l’Esprit Saint qui permet de résister aux tentations. C’est l’Esprit qui envoie Jésus au désert pour affronter les tentations et c’est dans l’Esprit du Père que Jésus résiste aux tentations. Aucun d’entre nous ne peut dire qu’il sera toujours capable de résister aux tentations. Mais ce que nous pouvons dire, c’est que plus nous nous approchons de Jésus, plus sa parole demeure en nous, plus son Esprit habite en nous, plus nous résistons aux tentations comme lui au désert. Or l’attirance de Jésus sur nous est IRRÉSISTIBLE car la satisfaction que nous en ressentons est infiniment plus profonde que celle ressentie par le péché. Elle se nomme la joie. La joie qui naît d’un amour véritable. La joie qui fait entrer dans la plénitude de la vie éternelle. Plus nous connaissons Jésus, plus nous l’aimons, plus nous voulons l’imiter, plus nous devenons temple de l’Esprit et plus nous résistons aux tentations. La contagion de la grâce est plus forte que celle du péché. Et c’est ainsi que par l’obéissance d’un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste.

Frères et sœurs, face à l’attrait de la vaine gloire, du pouvoir, de l’argent, du plaisir sensuel, nous sommes vainqueurs en Jésus, vrai homme et vrai Dieu. Écoutons sa Parole, communions à son corps et à son sang, servons le dans les pauvres car son Esprit d’Amour nous rend vainqueur dans toutes nos tentations. Il fait de nous les imitateurs du Christ, la lumière du monde. AMEN.

Chrétiens, en avant !

Evangile du dimanche 1er février 2026 Mt 5, 1-12a

Homélie du frère Etienne d’Ardailhon

À un mois des élections communales, vous pourriez être tentés de penser que cela ne vous regarde pas, que tous les politiques, du président de la République au maire de Lisses sont des parvenus, corrompus par l’exercice du pouvoir, et que personne n’agit pour le respect de la dignité humaine ou du bien commun. Mais vous auriez tort. 

Je reviens de la session annuelle diocésaine à Orsay qui avait cette année pour thème la doctrine sociale de l’Église. Car oui, l’Église catholique a une doctrine. Rassurez-vous, rien de politique. Ou plutôt si, politique, au sens du grec polis, la cité. Car tout chrétien est appelé à s’engager pour les autres. C’est le sens de ce texte. Mais nous, sommes nous convaincus de cette réalité : la cité céleste ne nous est promise que si on se bat pour elle ! 

Ne nous y trompons pas : nous sommes ici au cœur de l’Évangile. C’est le portrait spirituel de tout chrétien. Vous, moi, eux, nous. Chacun et tous. Ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ce n’est pas un programme politique, mais une réalité intemporelle. 

Heureux makarioi : Jésus vient nous apporter le bonheur. A condition de se battre pour l’avoir. 

Vous pourriez penser que le frère prêcheur que je suis a pour mission de parler du Royaume de Dieu là-haut et seulement de ça, en toute bienpensante et sans résistance, face aux inégalités du monde d’en bas. Mais vous auriez tort. Jésus lui-même nous dit « Je suis venu allumer un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » (Lc 12,49). Nous sommes tous appelés à foutre le feu au monde, mais bien souvent nous n’osons pas nous lever. Sans doute par conformisme, flemme ou peur. 

Laissez moi donc vous expliquer ce à quoi les béatitudes nous invitent : agir dès maintenant en faveur des plus pauvres que soi.

Nous sommes au début du ministère public de Jésus, dans l’Evangile de Matthieu, très intéressé par la fibre sociale de Jésus. Jésus s’assied, pauvre parmi les pauvres, pour enseigner. Bizarrement, il ne parle pas de foi, mais d’action. Comme si l’action des pauvres en faveur de leur propres droits fondamentaux primaient sur la foi. En avant !  

Ces huit béatitudes sont en fait organisées en 2 groupes : les quatre premières traitent du soin spécifique à apporter aux pauvres, et les 4 dernières du bien commun. Ce n’est pas un hasard si Jésus nous rappelle que « des pauvres, vous en aurez toujours » (Mt 26,11). Le pape Léon XIV, dans sa première encyclique « Dilexi te », nous rappelle qu’il a choisi son nom de règne justement pour remettre les pauvres au centre, pour redire que l’Église a pour option préférentielle les pauvres. 

La première béatitude répond à la dernière « Heureux les pauvres en esprit, le royaume des cieux est à eux » et « Heureux les persécutés pour la justice, le royaume de Dieu est à eux ». Elles sont au présent, contrairement aux 6 autres qui sont au futur. C’est donc que pauvreté et persécution donnent droit à la première place en paradis. Que pour eux le Royaume est déjà là, qu’ils y ont déjà accès et ont moins à travailler pour y parvenir. 

Les deux dernières béatitudes « Heureux si l’on vous persécute et dit faussement toute sorte de mal contre vous » s’adresse directement à l’Église  qui est en train de naitre sous les yeux de Jésus, parce toute église doit être persécutée pour être crédible. Nous pensons trop souvent que notre foi est faite pour des gens bien tranquilles. Pas du tout. Levez les yeux ! Partout le monde souffre, la terre gémit sous la pollution et le cri des pauvres monte vers Dieu, qui dit à Moise « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte, j’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer. […] Maintenant va, je t’envoie (Ex 3,7-8.10). Dieu se montre attentif aux pauvres « Ils crièrent vers le Seigneur et le Seigneur leur suscita un Sauveur » (Jg 3,15).

Les affligés, les affamés, les miséricordieux, les pacifiants et les cœurs purs seront consolés, au passif, c’est-à-dire que c’est Dieu lui-même qui agit à travers eux. Le consolateur par excellence, c’est l’Esprit Saint. C’est donc qu’en agissant, ce n’est pas moi qui agit mais l’Esprit qui est à l’œuvre. Aussi ne nous étonnons pas si parfois une force mystérieuse nous pousse à aller vers nos frères démunis. 

Les pacifiants sont à la fois ceux qui font œuvre de paix et desquels émane la paix. Ne nous y trompons pas : nous ne sommes pas des révolutionnaires violents, mais des non-violents en colère contre la misère injuste. Dieu nous demande d’inventer des stratégies de non-violence actives capables de garantir le respect de la dignité à chacun.

Jésus insiste sur la nécessité de s’engager concrètement : pas de y’a qu’à, faut qu’on ! C’est dans l’ADN du chrétien que d’agir pour changer le monde. Il faut faire. Il faut agir. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras face à la pauvreté. De nous voiler la face ou de détourner le regard. La citation de Don Salluste, joué par Louis de Funès dans La folie des grandeurs « Les pauvres, c’est fait pour être très pauvres, et les riches, pour être très riches » est fausse, la pauvreté n’est que très rarement un choix. Pensez aux étudiants d’Evry obligés de se prostituer en forêt de Sénart pour survivre. Ou aux gens du voyage sur l’aire de grand passage de Lisses qui sont l’objet d’un racisme écologique, puisque on leur donne toujours le droit de stationner dans des friches industrielles polluées ou sous des lignes à haute tension, ou aux abords direct des autoroutes. Croyez-vous qu’ils seraient contre un peu de verdure ? Que leur mode de vie leur refuse un peu d’air pur ? Ou bien que nous préférions les parquer à l’écart, comme nous l’avons fait à Linas-Montlhéry. Quel mal à fuir son pays pour rêver d’une vie plus digne en France ? Pour éviter l’excision à ses filles ? 

Écoutons-nous le cri des pauvres ? La colère de la terre ? Le rôle des chrétiens n’est pas de se taire. Il ne l’a jamais été. Sinon, nous n’aurions jamais eu de martyrs. Ouvrons les yeux : il n’y a jamais eu autant de pauvres dans le monde, et autant de milliardaires. Face à ce phénomène d’inégalités croissantes, force est de constater que se développent aujourd’hui de nouvelles formes de pauvreté. 

Le danger qui nous guette, c’est de baisser la garde face à la pauvreté, en croyant qu’on peut avoir droit au Royaume de Dieu sans se battre pour son avènement ici-bas. Fermer les yeux, c’est non seulement s’aveugler, mais faire preuve de cruauté. Comme le dit le pape Léon XIV au n° 15. de Dilexi te : « Certains se laissent contaminer par des idéologies mondaines ou des généralisations politiques ou économiques qui ridiculisent même l’exercice de la charité ». Comme si donner de l’argent à un SDF allait vous blesser ! Comme si la charité ne se pratiquait qu’entre chrétiens. 

Dieu nous attends pour agir. Il suscite en nous la juste colère de ceux qui refusent la banalité du mal et désirent se battre pour rendre le monde un peu moins moche qu’ils l’ont reçu. Osons rêver un monde plus juste pour nos enfants ! Chrétiens, en avant ! 

Seigneur, viens ! Répands ta sainte colère en nos cœurs, ta douceur et ta compassion, pour que nous puissions trouver en toi le courage de nous battre pour réduire les inégalités. Esprit saint, inspire nous les moyens de lutte pour l’avènement du Royaume. Amen.

Bonne étoile

Évangile de la fête de l’épiphanie, dimanche 4 janvier 2026

Homélie du frère Benoît Ente, Mt 2,1-12

Est-ce que parmi vous, il y en a qui ont vu notre vidéo Joyeux Noël ? Savez-vous combien de langues il y a en tout ? … 17. Cette vidéo a remporté un petit succès. Plus que ce qu’on attendait. Lorsqu’on regarde cette vidéo, on perçoit en une minute l’universalité de l’Évangile. Chaque visage semble heureux de fêter la naissance de Jésus. Jésus n’est pas une excellente nouvelle uniquement pour les Européens, il est une merveilleuse nouvelle aussi pour les Congolais, les Sénégalais, les Vietnamiens, les Wallisiens et les mages qui viennent de l’orient.

Et les mages sont guidés par… l’étoile. Cette étoile que nous mettons au sommet des sapins.  Les mages ne connaissent pas la Bible. Ils sont païens. Ils ne connaissent pas les prophètes qui annoncent la venue du messie. Et bien, cela n’empêche pas Dieu de les conduire à Jésus. Les mages sont des sortes de savants de l’époque et ils passent leur temps à scruter, observer et essayer de comprendre comment fonctionne le Ciel. Ce sont des chercheurs de sens. Dieu va utiliser leur langage, leur soif, leur connaissance pour les amener jusqu’à Jésus. Il utilise une étoile. Cette petite étoile qui guide les mages représente ce que Dieu a semé dans chaque culture, dans chaque histoire personnelle pour préparer la rencontre avec Jésus et nous conduire vers lui. Dieu parle à chacun d’une manière unique en fonction de sa culture, de son histoire, de ses centres d’intérêt, de ses manières de penser. 

Hier nous étions réunis avec l’APA. Cédric, l’un des coloc nous a raconté comment, lors de la prière d’un chapelet, Dieu l’avait aidé à prendre une décision. Cette manière avait étonné tout le monde, mais c’était la manière avec laquelle Dieu guidait Cédric. Ces moyens par lesquels Dieu nous guide peuvent évoluer. Regardez les mages, ils sont amenés vers Jésus par une étoile et ils sont guidés sur le chemin du retour par un songe. Les moyens dont Dieu dispose sont infinis : une rencontre, une lecture, un événement, une intuition, plus rarement une vision.

Mais dans cette diversité, il y a aussi des constantes, des éléments qui touchent toutes les cultures. Je m’adresse maintenant aux cinéphiles. Est-ce qu’il y en a qui ont vu le film de Pasolini L’Évangile selon Saint-Matthieu ? Est-ce que vous vous souvenez de la scène des rois mages ? Ils arrivent sur une hauteur avec leurs chevaux. Ils baissent les yeux et voient en contrebas Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. Ils descendent alors lentement le chemin pour arriver jusqu’à la petite famille. Ce mouvement dans l’espace représente un mouvement intérieur d’abaissement pour arriver jusqu’à Jésus. Quand un adulte se baisse pour se mettre à hauteur d’un enfant, il se met à égalité pour entrer en relation avec l’enfant et témoigne de son amour pour lui. C’est exactement ce que Dieu fait lorsqu’il se fait homme au milieu des hommes. 

Toutes les cultures peuvent comprendre l’acte d’amour qu’il y a dans ce geste d’abaissement de Dieu. Ce geste d’amour, Jésus lui-même va le refaire lors de sa Passion. Sur la croix, il s’abaisse au rang des damnés. Il est livré entre les mains des hommes comme un petit enfant sans défense. L’évangéliste Jean utilise l’image de l’agneau pour exprimer cela. 

Quand les mages se prosternent devant l’Enfant Jésus, ils sont comme des prophètes qui reconnaissent déjà la toute-puissance royale de Jésus qui va aimer les siens jusqu’au bout, jusqu’à la Croix. Les mages lui offrent leurs présents venus de leurs pays. Et aujourd’hui, les mages, c’est vous, c’est moi. Vous vous êtes déplacés jusqu’ici pour offrir à Dieu la diversité des cultures et des langues dont vous êtes originaires. Nous portons avec nous cette richesse et nous l’offrons à Dieu par l’encens de nos prières et l’or de notre foi, notre bien le plus précieux. 

En échange, le Seigneur nous offre également un cadeau, ce qu’il a lui-même de plus précieux, il nous offre son Fils unique. Dans le film de Pasolini, Marie se lève et tend son enfant à l’un des mages qui le prend dans ses bras. Elle offre son enfant au monde. Elle refait le geste de Dieu lui-même, qui nous offre son Fils unique pour faire de nous tous ses enfants bien aimés. Amen. 

Le grand saut

homélie du 25 décembre – fr Benoît Ente – Jean 1,1-18

Evangile

Homélie

Il y a deux jours, une amie m’appelait pour me souhaiter un joyeux Noël et prendre quelques nouvelles. Son mari est atteint de la maladie d’Alzheimer. Ils ont mené la vie commune et elle s’est occupée de lui aussi longtemps qu’il était possible et même elle est allée bien au-delà. Mais depuis deux mois, son mari est dans une maison spécialisée. Elle me disait qu’elle avait réorganisé son emploi du temps. Elle ne manque ni d’activité ni d’ami. Et pourtant, elle m’a confié que son mari lui manque. Sa présence physique lui manque. Quand quelqu’un qu’on aime est physiquement présent, cela change tout. C’est une présence irremplaçable. Cet autre être humain partage mon expérience de vie, mon expérience humaine.
Ce petit échange téléphonique m’a aidé à prendre conscience de l’extraordinaire nouveauté du mystère de Noël. Dieu, le créateur de l’univers, se rend PHYSIQUEMENT présent parmi nous. L’évangéliste Jean le dit dans ses mots, le verbe s’est fait chair. Et cette présence physique, dans la chair, dans notre chair, change tout. Dieu PARTAGE NOTRE CONDITION D’ÊTRE HUMAIN. Il vit l’expérience d’un nouveau-né qui respire le même air que nous, qui a faim et soif, qui a froid et chaud, qui ressent du plaisir en tétant le lait de sa mère, qui dort et se réveille, qui ressent de la douleur lorsque ses dents poussent, qui apprend à marcher et à parler, qui obéit à ses parents et qui joue avec d’autres enfants. Dieu se rend présent physiquement avec nous, il expérimente ce que ressent un être humain et cela change tout.
On parle souvent du saut de la foi. Là, on peut dire que Dieu fait le grand saut de l’incarnation. Ce n’est pas un moment de folie passagère. Il a une solide motivation pour faire cela : son amour pour nous, pour chacun d’entre nous. Il y a peut-être ici des couples mixtes, l’époux d’un pays ou d’une religion et l’épouse d’une autre. Vous avez certainement voyagé pour découvrir le pays et la famille de votre épouse ou de votre époux. Quand vous aimez quelqu’un, vous avez envie de découvrir d’où il vient, ce qu’il aime, ce qui le fait vivre et c’est l’amour qui vous porte. De la même manière, Dieu veut connaître de l’intérieur ce que nous vivons et c’est l’amour qui le porte.
Nous savons que le petit enfant de la crèche, 30 ans plus tard va quitter cette terre. Sa présence physique manquera à ses amis. Et pourtant, sa venue parmi nous dans la chaire change tout. Elle dessille nos yeux. Depuis ce jour, nous pouvons voir cette présence de Dieu dans chaque naissance. Le don de Dieu se renouvelle à chaque petit enfant qui vient au jour animé d’une étincelle de vie qui nous dépasse totalement. La venue de Dieu dans la chair enrichit notre regard sur notre prochain. Nous nous émerveillons de voir son chemin de conversion, son désir de sainteté, de pureté de cœur, sa progression pas à pas vers un amour toujours plus grand, à la manière d’un enfant. Ce changement de regard que chacun peut expérimenter est déjà le signe de la vie divine qui commence à germer en nous.
L’évangéliste Jean a expérimenté ce miracle de Noël dans sa propre chair, le miracle d’une présence divine à l’intérieur de lui-même qui s’est engendré jour après jour. Et il a compris que ce miracle s’est réalisé par sa foi en Jésus, vrai homme et vrai Dieu, par sa foi en un Dieu dont l’amour est si grand qu’il s’est incarné. « À tous ceux qui l’ont reçu, eux qui croient en son nom, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu ». POUVOIR DE DEVENIR ENFANT DE DIEU. Les super héros nous attirent par leurs super pouvoirs. Mais notre Dieu est le plus grand des superhéros. Il nous donne le plus grand de tous les pouvoirs, celui de devenir enfants de Dieu, celui de partager sa vie divine comme il a partagé notre vie humaine.
L’Eucharistie est le sacrement par lequel cette vie de Dieu nous est communiquée. Le Verbe s’est fait chair dans le sein d’une vierge à Bethléem il y a deux mille ans pour se faire chair aujourd’hui à Évry en chacun de nous. Dieu se rend présent dans un peu de vin et de pain. Il est remis entre nos mains, vulnérable et précieux comme un bébé qui vient de naître. Dans ce pain et ce vin, il se donne à nous et son incarnation continue de se réaliser dans tous les peuples, toutes les cultures de tous les temps pour notre plus grand bonheur et notre plus grande joie. Amen.

Coup de blues

Homélie du 3e dimanche de l’Avent 2025 – frère Benoît Ente – Is 35, 1-6a.10 ; Mt 11, 2-11

Est-ce que parmi vous, il y en a qui ont déjà marché dans le désert ? Des dunes à perte de vue, une sécheresse implacable. À vue humaine, rien ne semble pouvoir changer cet état des choses. Et voilà que le prophète Isaïe donne l’ordre au désert de fleurir comme la rose, de se couvrir de fleurs des champs. Il va jusqu’à affirmer : « on verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu ». L’image est forte, puissante. Comment Isaïe, des siècles avant la venue du Christ peut-il affirmer cela ? Isaïe a perçu un événement extraordinaire qu’il décrit un peu plus loin : « Dieu vient lui-même ». Il vient en personne. Quand c’est Dieu qui se déplace et bien Isaïe nous l’annonce, ça déménage ! Les muets crient de joie et les boiteux bondissent comme des cerfs. 

En attendant ce grand jour, nous dit Isaïe, il faut affermir, rassurer, soutenir pour tenir le coup. Effectivement, sept siècles plus tard, une source coule dans le désert de Judée. La prédication de Jean-Baptiste. On retrouve chez lui la même radicalité, la même force des images qui frappent les esprits. Et il a du succès, Jean-Baptiste. Les gens viennent en foule jusqu’à lui. Il est reconnu comme un maître spirituel au point que certains deviennent ses disciples. Et voilà que Jean-Baptiste se retrouve en prison à cause de la femme d’Hérode. Il est seul, isolé, dans le froid et l’obscurité. Pourtant, il est resté fidèle à son Dieu. Il n’a pas dévié de sa mission de prophète. Si Jésus est le messie, que fait-il ? N’est-il pas venu pour libérer les opprimés ? Pourquoi ne vient-il pas libérer son cousin ? Ensemble, ils feraient merveille. Jean-Baptiste, celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu, est maintenant traversé d’un doute affreux. « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

En janvier, un petit film va être tourné ici dans cette chapelle. L’équipe technique est venue en repérage vendredi. J’ai pu discuter avec l’un d’entre eux qui s’appelle Bernard. Je lui ai demandé s’il avait la foi. Il m’a répondu qu’il avait une grande foi quand il était enfant. Puis, alors qu’il était encore jeune, sa mère est décédée. Il ne pouvait plus croire en un Dieu qui avait laissé faire cela. Bernard traverse une épreuve semblable à celle de Jean-Baptiste. Comment croire en un Dieu qui me prive de ma maman ? Comment croire en un Dieu qui me laisse croupir en prison privé de nourriture et de boisson lorsque Hérode, lui, jouit et profite de biens abondants. Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre, plus fort, plus puissant ? Un messie qui jugera tout de suite les tyrans, les assassins, les menteurs. Un messie qui rétablira immédiatement la justice et qui rendra la vie belle et paisible aux innocents. 

Jésus répond à son cousin avec un crescendo de faits extraordinaires : Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et… apothéose, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. C’est le sommet des signes. Quand les pauvres sont évangélisés, le Royaume des Cieux est là. La misère qui sévit dans nos sociétés est la plus grande injustice, la plus structurelle. Quand les pauvres sont évangélisés, c’est la plus grande des justices. Notre Dieu se place toujours du côté du pauvre, de l’opprimé, du malade, de celle qui meurt d’un accident et de celui qui en souffre. Il n’est jamais du côté de ceux par qui ces choses arrivent. Il n’est pas plus un Dieu qui tire les ficelles de tous les événements de notre histoire. Il les traverse avec nous comme il a traversé les humiliations lors de sa passion. Notre Dieu vient en ce monde sans aucun pouvoir, sinon celui de sourire à sa mère ou à son père, celui de réclamer de la tendresse et du lait, celui de nous aimer et de nous mendier notre amour. Notre Dieu naît dans ce monde pauvre comme un mendiant d’amour et il le quittera pauvre comme un esclave châtié. 

Frères et sœurs, il y a de quoi être déconcerté. Notre Dieu ne peut rien contre les événements tragiques qui nous arrivent. Mais il peut nous aider à les traverser avec lui et ainsi en ressortir plus grand, plus libre. En ce temps de l’Avent, ouvrons lui bien grande la porte de notre cœur. Oui frères et sœurs aujourd’hui, le Seigneur vient en personne. Soyez forts, ne craignez pas et réjouissez-vous. Voici votre Dieu. Il vient lui-même pour faire surgir des torrents dans le pays aride de nos âmes, pour transformer la région de la soif, en eaux jaillissantes. Amen.