Homélie du frère Benoît Ente pour la fête du Saint Sacrement du corps et du sang du Christ – Jn 6, 51-58
Dans ma famille, un événement s’est produit dimanche dernier : la NAISSANCE d’un deuxième petit neveu. Paul. Miracle de la vie. Paul vient d’atterrir dans notre monde dans un corps. Cela vous parait évident et pourtant, quand on y réfléchit bien, c’est surprenant. Paul va apprendre à APPRIVOISER CE CORPS. Il va apprendre à utiliser ses membres, à tenir des objets dans ses mains, à se mettre debout, à décoder les sons qu’il entend. Il prend possession de son corps comme d’une nouvelle terre. Il apprend à habiter son corps, à faire de son corps UN INSTRUMENT AU SERVICE DE LA VIE. Mais en même temps, il y a des FORCES ANTAGONISTES qui jouent contre cet apprentissage.
Par exemple, lorsque j’étais au lycée, je jouais un peu trop aux jeux vidéos, au point que parfois, avec Christophe, un ami vietnamien, nous passions la nuit devant un écran à créer des civilisations glorieuses. Il était difficile d’arrêter de jouer. J’étais CAPTIF DE CE MONDE VIRTUEL. Ça y est, le mot est lâché. Il y a des forces dans notre société qui nous entraînent HORS DE NOTRE CORPS dans des mondes virtuels, des valeurs virtuelles où le bonheur, la beauté sont censés s’obtenir par les produits, un monde où la vie se résume à ressentir du plaisir. Un monde de paillette où l’écran vampirise notre vie. Avant les écrans, il y avait les idoles d’or et d’argent qui, à elles-seules avec notre consentement, étaient capables de créer un tel monde virtuel peuplé de toutes sortes de créatures et de puissances chimériques. Avouons frères et sœurs que ce monde avec ses valeurs en toc est un peu LE NÔTRE aussi. Cela s’appelle LE PÉCHÉ.
Le péché vient perturber l’apprentissage de Paul. Ou plutôt, il veut le pervertir. Par ses fantasmagories, il veut faire du plaisir physique un absolu, UNE IDOLE AU LIEU d’en faire LE SIGNE D’UN AMOUR. Et génération après génération, le mensonge de ces mondes virtuels se transmet, PIÈGE MORTEL dans lequel les êtres humains se sont enfermés.
La semaine dernière, j’ai projeté sur un écran une image. Aujourd’hui vous voyez déjà derrière moi ce que je veux vous montrer : le corps d’un homme semblable au nôtre. Dieu qui vient parmi nous dans un corps semblable au nôtre. Comme Paul Dieu a fait l’apprentissage de ce corps. Il a appris à marcher, à parler, à habiter son corps. Mais sur lui, le péché n’a pas de prise. Il a résisté aux illusions agitées par Satan dans le désert. Il ne s’est pas laissé entraîné dans des mondes fictifs. Jésus est le plus incarné des hommes, écrit Amélie Nothomb. Jésus nous apprend l’incarnation. Il nous montre ce que c’est habiter un corps animé par l’Esprit, être pleinement humain. Il est « fils de l’homme » parce qu’il est pleinement cet homme de chair et de sang tel que le Père l’a voulu. C’est pourquoi, en Jésus, LE PÈRE SE FAIT NOURRITURE pour nous. Il devient semblable à nous c’est-à-dire assimilable par nous. JÉSUS EN SE DONNANT SUR LA CROIX prolonge ce geste et accomplit la volonté du Père en s’offrant en nourriture pour nous. Ainsi il nous arrache à ces mondes virtuels pour nous faire pleinement habiter notre corps et donner vie à notre chair dans l’Esprit, cette chair façonnée pour nous dès la création du monde. « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. » vous resterez en dehors de la vie, en dehors de votre chair, dans les idoles modernes avec leurs valeurs en plastique jetable.
Tout notre être est malade, corps et esprit. Or l’Eucharistie est un geste. Nous nous levons, nous nous déplaçons, nous tendons la main pour recevoir le corps du Christ que nous mâchons et que nous avalons. Ce travail physique est essentiel pour donner corps à la Parole du Christ que nous venons d’écouter. Par ce geste, NOUS MARQUONS CORPORELLEMENT NOTRE DÉSIR DE COMMUNION au Christ, notre désir de faire UN avec lui. Le corps se joint à notre parole, pour devenir lui-même une parole, un AMEN. Dans ce sacrement, Jésus nous rééduque. En réalité, frères et sœurs, le petit Paul, c’est nous. Nous venons de naître comme enfant de Dieu. Nous commençons à peine à expérimenter ce que c’est vivre dans la chair du Christ. Jésus lui-même dans ce sacrement nous donne sa chair. Il nous prend par la main pour nous réapprend à habiter nos corps et à vivre de son Esprit pour recevoir de lui la vie éternelle. Amen.
