Le grand saut

homélie du 25 décembre – fr Benoît Ente – Jean 1,1-18

Evangile

Homélie

Il y a deux jours, une amie m’appelait pour me souhaiter un joyeux Noël et prendre quelques nouvelles. Son mari est atteint de la maladie d’Alzheimer. Ils ont mené la vie commune et elle s’est occupée de lui aussi longtemps qu’il était possible et même elle est allée bien au-delà. Mais depuis deux mois, son mari est dans une maison spécialisée. Elle me disait qu’elle avait réorganisé son emploi du temps. Elle ne manque ni d’activité ni d’ami. Et pourtant, elle m’a confié que son mari lui manque. Sa présence physique lui manque. Quand quelqu’un qu’on aime est physiquement présent, cela change tout. C’est une présence irremplaçable. Cet autre être humain partage mon expérience de vie, mon expérience humaine.
Ce petit échange téléphonique m’a aidé à prendre conscience de l’extraordinaire nouveauté du mystère de Noël. Dieu, le créateur de l’univers, se rend PHYSIQUEMENT présent parmi nous. L’évangéliste Jean le dit dans ses mots, le verbe s’est fait chair. Et cette présence physique, dans la chair, dans notre chair, change tout. Dieu PARTAGE NOTRE CONDITION D’ÊTRE HUMAIN. Il vit l’expérience d’un nouveau-né qui respire le même air que nous, qui a faim et soif, qui a froid et chaud, qui ressent du plaisir en tétant le lait de sa mère, qui dort et se réveille, qui ressent de la douleur lorsque ses dents poussent, qui apprend à marcher et à parler, qui obéit à ses parents et qui joue avec d’autres enfants. Dieu se rend présent physiquement avec nous, il expérimente ce que ressent un être humain et cela change tout.
On parle souvent du saut de la foi. Là, on peut dire que Dieu fait le grand saut de l’incarnation. Ce n’est pas un moment de folie passagère. Il a une solide motivation pour faire cela : son amour pour nous, pour chacun d’entre nous. Il y a peut-être ici des couples mixtes, l’époux d’un pays ou d’une religion et l’épouse d’une autre. Vous avez certainement voyagé pour découvrir le pays et la famille de votre épouse ou de votre époux. Quand vous aimez quelqu’un, vous avez envie de découvrir d’où il vient, ce qu’il aime, ce qui le fait vivre et c’est l’amour qui vous porte. De la même manière, Dieu veut connaître de l’intérieur ce que nous vivons et c’est l’amour qui le porte.
Nous savons que le petit enfant de la crèche, 30 ans plus tard va quitter cette terre. Sa présence physique manquera à ses amis. Et pourtant, sa venue parmi nous dans la chaire change tout. Elle dessille nos yeux. Depuis ce jour, nous pouvons voir cette présence de Dieu dans chaque naissance. Le don de Dieu se renouvelle à chaque petit enfant qui vient au jour animé d’une étincelle de vie qui nous dépasse totalement. La venue de Dieu dans la chair enrichit notre regard sur notre prochain. Nous nous émerveillons de voir son chemin de conversion, son désir de sainteté, de pureté de cœur, sa progression pas à pas vers un amour toujours plus grand, à la manière d’un enfant. Ce changement de regard que chacun peut expérimenter est déjà le signe de la vie divine qui commence à germer en nous.
L’évangéliste Jean a expérimenté ce miracle de Noël dans sa propre chair, le miracle d’une présence divine à l’intérieur de lui-même qui s’est engendré jour après jour. Et il a compris que ce miracle s’est réalisé par sa foi en Jésus, vrai homme et vrai Dieu, par sa foi en un Dieu dont l’amour est si grand qu’il s’est incarné. « À tous ceux qui l’ont reçu, eux qui croient en son nom, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu ». POUVOIR DE DEVENIR ENFANT DE DIEU. Les super héros nous attirent par leurs super pouvoirs. Mais notre Dieu est le plus grand des superhéros. Il nous donne le plus grand de tous les pouvoirs, celui de devenir enfants de Dieu, celui de partager sa vie divine comme il a partagé notre vie humaine.
L’Eucharistie est le sacrement par lequel cette vie de Dieu nous est communiquée. Le Verbe s’est fait chair dans le sein d’une vierge à Bethléem il y a deux mille ans pour se faire chair aujourd’hui à Évry en chacun de nous. Dieu se rend présent dans un peu de vin et de pain. Il est remis entre nos mains, vulnérable et précieux comme un bébé qui vient de naître. Dans ce pain et ce vin, il se donne à nous et son incarnation continue de se réaliser dans tous les peuples, toutes les cultures de tous les temps pour notre plus grand bonheur et notre plus grande joie. Amen.