Homélie du 3e dimanche de l’Avent 2025 – frère Benoît Ente – Is 35, 1-6a.10 ; Mt 11, 2-11
Est-ce que parmi vous, il y en a qui ont déjà marché dans le désert ? Des dunes à perte de vue, une sécheresse implacable. À vue humaine, rien ne semble pouvoir changer cet état des choses. Et voilà que le prophète Isaïe donne l’ordre au désert de fleurir comme la rose, de se couvrir de fleurs des champs. Il va jusqu’à affirmer : « on verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu ». L’image est forte, puissante. Comment Isaïe, des siècles avant la venue du Christ peut-il affirmer cela ? Isaïe a perçu un événement extraordinaire qu’il décrit un peu plus loin : « Dieu vient lui-même ». Il vient en personne. Quand c’est Dieu qui se déplace et bien Isaïe nous l’annonce, ça déménage ! Les muets crient de joie et les boiteux bondissent comme des cerfs.
En attendant ce grand jour, nous dit Isaïe, il faut affermir, rassurer, soutenir pour tenir le coup. Effectivement, sept siècles plus tard, une source coule dans le désert de Judée. La prédication de Jean-Baptiste. On retrouve chez lui la même radicalité, la même force des images qui frappent les esprits. Et il a du succès, Jean-Baptiste. Les gens viennent en foule jusqu’à lui. Il est reconnu comme un maître spirituel au point que certains deviennent ses disciples. Et voilà que Jean-Baptiste se retrouve en prison à cause de la femme d’Hérode. Il est seul, isolé, dans le froid et l’obscurité. Pourtant, il est resté fidèle à son Dieu. Il n’a pas dévié de sa mission de prophète. Si Jésus est le messie, que fait-il ? N’est-il pas venu pour libérer les opprimés ? Pourquoi ne vient-il pas libérer son cousin ? Ensemble, ils feraient merveille. Jean-Baptiste, celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu, est maintenant traversé d’un doute affreux. « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
En janvier, un petit film va être tourné ici dans cette chapelle. L’équipe technique est venue en repérage vendredi. J’ai pu discuter avec l’un d’entre eux qui s’appelle Bernard. Je lui ai demandé s’il avait la foi. Il m’a répondu qu’il avait une grande foi quand il était enfant. Puis, alors qu’il était encore jeune, sa mère est décédée. Il ne pouvait plus croire en un Dieu qui avait laissé faire cela. Bernard traverse une épreuve semblable à celle de Jean-Baptiste. Comment croire en un Dieu qui me prive de ma maman ? Comment croire en un Dieu qui me laisse croupir en prison privé de nourriture et de boisson lorsque Hérode, lui, jouit et profite de biens abondants. Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre, plus fort, plus puissant ? Un messie qui jugera tout de suite les tyrans, les assassins, les menteurs. Un messie qui rétablira immédiatement la justice et qui rendra la vie belle et paisible aux innocents.
Jésus répond à son cousin avec un crescendo de faits extraordinaires : Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et… apothéose, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. C’est le sommet des signes. Quand les pauvres sont évangélisés, le Royaume des Cieux est là. La misère qui sévit dans nos sociétés est la plus grande injustice, la plus structurelle. Quand les pauvres sont évangélisés, c’est la plus grande des justices. Notre Dieu se place toujours du côté du pauvre, de l’opprimé, du malade, de celle qui meurt d’un accident et de celui qui en souffre. Il n’est jamais du côté de ceux par qui ces choses arrivent. Il n’est pas plus un Dieu qui tire les ficelles de tous les événements de notre histoire. Il les traverse avec nous comme il a traversé les humiliations lors de sa passion. Notre Dieu vient en ce monde sans aucun pouvoir, sinon celui de sourire à sa mère ou à son père, celui de réclamer de la tendresse et du lait, celui de nous aimer et de nous mendier notre amour. Notre Dieu naît dans ce monde pauvre comme un mendiant d’amour et il le quittera pauvre comme un esclave châtié.
Frères et sœurs, il y a de quoi être déconcerté. Notre Dieu ne peut rien contre les événements tragiques qui nous arrivent. Mais il peut nous aider à les traverser avec lui et ainsi en ressortir plus grand, plus libre. En ce temps de l’Avent, ouvrons lui bien grande la porte de notre cœur. Oui frères et sœurs aujourd’hui, le Seigneur vient en personne. Soyez forts, ne craignez pas et réjouissez-vous. Voici votre Dieu. Il vient lui-même pour faire surgir des torrents dans le pays aride de nos âmes, pour transformer la région de la soif, en eaux jaillissantes. Amen.
