homélie du dimanche 16 novembre – frère Benoît Ente – évangile selon saint Luc 21,5-19
Dimanche dernier, le frère Emmanuel a organisé une sortie avec les étudiants. Nous les avons emmenés visiter le château de Versailles, emblème de la monarchie. Nous avons admiré l’élégance des perspectives, la lumière de la galerie des Glaces, la splendeur de l’église. Comment aurions-nous réagi si quelqu’un nous avait dit « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Je pense que nous ne l’aurions pas cru.
Et pourtant, tout a une fin. Cette orchidée devant l’autel, ce jour si beau, notre vie… Même notre planète a une fin. Mais rassurez-vous, d’après les scientifiques, la Terre restera habitable encore pendant 1,75 milliard d’années. Comme dirait l’autre, on a encore quelques années devant nous.
Tout a une fin. Et quand la fin arrive, les équilibres vacillent, les fondations s’ébranlent. Ces bouleversements concernent à la foi l’individu. Par exemple, quand, avec l’âge, la fin de ma vie arrive, mon corps, ma mémoire, ma vivacité d’esprit s’affaiblissent. Le sentiment de naufrage peut m’envahir comme si le sol se dérobait. Apparaît alors ce qui me tient vraiment. Non pas mes facultés physiques ou mentales, mais mes relations avec mes proches : parents, enfants, conjoints, amis et plus que tout le reste, ou plutôt à travers tout le reste ma relation avec Dieu quelque soit la forme qu’elle prend.
Mais dans l’Évangile, le bouleversement décrit par Jésus n’est pas personnel. Il est clairement collectif : famine, guerre, épidémies. On a l’impression que le mal se déchaîne, comme dans le passage de l’apocalypse où le dragon est libéré pour l’ultime affrontement. Il met ses dernières forces. Il joue son vatout. Ce qui nous intéresse dans ce chaos apocalyptique, c’est ce qui résiste, vaille que vaille. Une expression revient deux fois dans l’évangile, l’avez-vous repéré ? « À CAUSE DE MON NOM ». Le nom de Jésus résiste comme un rocher de granit face à la tempête. Il résiste grâce aux hommes et aux femmes qui demeurent fidèles dans la foi, l’espérance et la charité.
Je me rappelle en 2020, lors du premier confinement, nous avions l’impression que le monde s’écroulait et, dans notre petite communauté de Lille, nous continuions à prier le matin, le midi et le soir. L’Église que nous formons a continué de louer son Seigneur et rien ne pouvait l’arrêter. Je ne le souhaite pas, mais si une guerre éclatait sur le sol français et que le château de Versailles s’effondrait, l’Église continuerait de célébrer et d’annoncer, coûte que coûte, la mort et la résurrection du Christ. Même dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, des hommes, des femmes ont risqué leur vie pour célébrer la messe.
C’est même quand le dragon montre le plus d’acharnement, lorsqu’il persécute de la manière la plus effrayante les affamés de justice, les pauvres de cœur, les combattants de la liberté et tous ceux qui portent haut l’étendard du Christ, c’est dans cet acharnement du dragon que se révèle sa radicale impuissance. Il est vaincu. Le Christ lui-même donne un langage, une sagesse, une force à ses fidèles qui laissent leur adversaire KO. C’est un don de Dieu. C’est lui-même qui combat pour nous. Et ce don n’est pas réservé uniquement aux baptisés, ni à une élite de parfaits. La grâce de Dieu est insaisissable, elle surplombe les frontières sociales, politiques et même religieuses que nous construisons. Hier j’ai reçu un mail d’un ami que j’ai connu il y a 20 ans et dont je n’avais presque aucune nouvelle depuis. Il est atteint d’un cancer du cerveau. Il se déclare agnostique et il commence sa lettre ainsi : « Malgré (ou grâce à ?) mon cancer du cerveau, je suis heureux ! »
Frères et sœurs, ne nous berçons pas d’illusions. Ce que Jésus décrit, nous le connaissons maintenant. Famine, épidémie, guerre, persécutions. Cela dure depuis des milliers d’années et seul le Père sait quand cela se terminera. Mais au milieu de ces tourments, une chose est certaine, Dieu nous accompagne. Le nom de Jésus résiste. Jour après jour, la grâce enracine nos êtres dans l’Amour du Père, le roc éternel face à un monde où tout passe. Notre puissance réside en réalité dans celle de Dieu, dans son corps et son sang offert pour notre vie.
Alors Frères et sœurs, n’ayons pas peur et continuons notre marche humble et glorieuse dans les pas du Christ. Au réveil, une joie sans déclin nous attend, celle du Ressuscité le jour de Pâques.
