Divine contagion

Homélie du dimanche 22 février – Mt 4,1-11 – fr Benoît Ente

Evangile :

Homélie :

Comment avez-vous appris le français ? Ou le vietnamien, le wolof, le lingala ? Vous avez reproduit ce que vous avez vu faire par vos parents. Nous apprenons et nous devenons ce que nous sommes en imitant les autres. Surtout quand on est un enfant, on reproduit tout sans vraiment réfléchir. Il y a ici dans l’assemblée ma mère et ma sœur. Je me souviens quand ma sœur et moi étions enfants, nous n’avions pas le droit de regarder la télévision. Mes parents avaient trouvé une TV où le bouton marche/arrêt était inaccessible, protégé par une petit volet fermé à clé. Un jour ma mère était absente. Mes deux grandes sœurs sont allées chercher un couteau dans la cuisine et avec l’instrument ont réussi à allumer la télévision. Une semaine plus tard, j’étais seul à la maison et j’ai fait la même chose. 

Vous voyez où je veux en venir : nous imitons tout y compris le péché. Or le péché provoque une double satisfaction immédiate : le plaisir de regarder le petit écran mais aussi une sorte de jouissance d’être au-dessus des lois, la jouissance d’être comme Dieu… Oh il y a bien une petite voix de la conscience qui chuchote mais elle est trop ténue par rapport au plaisir ressenti. C’est ainsi que par la faute d’un seul, Adam, le péché s’est répandu dans le monde. Parce que nous nous construisons en imitant ceux qui sont en relation avec nous, nous devenons un être humain en même temps que nous devenons pécheur. Nous ne pouvons pas échapper à cette condition.

Vous avez bien compris que ce processus vient du fait que nous imitons nos semblables c’est-à-dire les hommes et les femmes fait de la même chair et du même sang que nous. Or aujourd’hui, chose surprenante, la Parole de Dieu nous parle des tentations de Jésus. Dieu est tenté. C’est une excellente nouvelle pour nous car cet évangile prouve de manière éclatante que Jésus est VRAIMENT HOMME. Jésus est PLEINEMENT HOMME. Comme nous, il est plongé dans un monde touché par le péché. Comme nous, il voit des hommes et des femmes commettre le péché. Il voit la satisfaction immédiate qu’ils en retirent. Comme nous, il se construit par imitation et donc il est tenté. Nous savons que Jésus a vécu en tout notre condition d’homme sauf le péché. Cela signifie qu’être tenté, ce n’est pas un péché. Cela fait partie de notre vie humaine comme manger, boire et dormir. On ne peut pas naître et vivre sur cette terre sans être à un moment ou à un autre tenté. Jésus est tenté parce qu’il est à la fois vraiment Dieu ET vraiment homme.

Mais si Jésus est vraiment homme, alors nous qui sommes des être humains, nous qui nous construisons par imitation, nous pouvons l’imiter. Il est de la même chair et du même sang que nous. Nous pouvons apprendre la langue de Jésus comme nous avons appris le français ou l’espagnol. Et la langue de Jésus, c’est la langue de l’Amour jusqu’au bout. Tous, nous en sommes capables car nous avons été créés pour elle. 

Frères et sœurs, tous nous avons fait l’expérience de céder un jour à une tentation. En réalité, seul Jésus est capable de résister à toutes les tentations. Il n’y a que l’Esprit Saint qui permet de résister aux tentations. C’est l’Esprit qui envoie Jésus au désert pour affronter les tentations et c’est dans l’Esprit du Père que Jésus résiste aux tentations. Aucun d’entre nous ne peut dire qu’il sera toujours capable de résister aux tentations. Mais ce que nous pouvons dire, c’est que plus nous nous approchons de Jésus, plus sa parole demeure en nous, plus son Esprit habite en nous, plus nous résistons aux tentations comme lui au désert. Or l’attirance de Jésus sur nous est IRRÉSISTIBLE car la satisfaction que nous en ressentons est infiniment plus profonde que celle ressentie par le péché. Elle se nomme la joie. La joie qui naît d’un amour véritable. La joie qui fait entrer dans la plénitude de la vie éternelle. Plus nous connaissons Jésus, plus nous l’aimons, plus nous voulons l’imiter, plus nous devenons temple de l’Esprit et plus nous résistons aux tentations. La contagion de la grâce est plus forte que celle du péché. Et c’est ainsi que par l’obéissance d’un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste.

Frères et sœurs, face à l’attrait de la vaine gloire, du pouvoir, de l’argent, du plaisir sensuel, nous sommes vainqueurs en Jésus, vrai homme et vrai Dieu. Écoutons sa Parole, communions à son corps et à son sang, servons le dans les pauvres car son Esprit d’Amour nous rend vainqueur dans toutes nos tentations. Il fait de nous les imitateurs du Christ, la lumière du monde. AMEN.

Coup de blues

Homélie du 3e dimanche de l’Avent 2025 – frère Benoît Ente – Is 35, 1-6a.10 ; Mt 11, 2-11

Est-ce que parmi vous, il y en a qui ont déjà marché dans le désert ? Des dunes à perte de vue, une sécheresse implacable. À vue humaine, rien ne semble pouvoir changer cet état des choses. Et voilà que le prophète Isaïe donne l’ordre au désert de fleurir comme la rose, de se couvrir de fleurs des champs. Il va jusqu’à affirmer : « on verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu ». L’image est forte, puissante. Comment Isaïe, des siècles avant la venue du Christ peut-il affirmer cela ? Isaïe a perçu un événement extraordinaire qu’il décrit un peu plus loin : « Dieu vient lui-même ». Il vient en personne. Quand c’est Dieu qui se déplace et bien Isaïe nous l’annonce, ça déménage ! Les muets crient de joie et les boiteux bondissent comme des cerfs. 

En attendant ce grand jour, nous dit Isaïe, il faut affermir, rassurer, soutenir pour tenir le coup. Effectivement, sept siècles plus tard, une source coule dans le désert de Judée. La prédication de Jean-Baptiste. On retrouve chez lui la même radicalité, la même force des images qui frappent les esprits. Et il a du succès, Jean-Baptiste. Les gens viennent en foule jusqu’à lui. Il est reconnu comme un maître spirituel au point que certains deviennent ses disciples. Et voilà que Jean-Baptiste se retrouve en prison à cause de la femme d’Hérode. Il est seul, isolé, dans le froid et l’obscurité. Pourtant, il est resté fidèle à son Dieu. Il n’a pas dévié de sa mission de prophète. Si Jésus est le messie, que fait-il ? N’est-il pas venu pour libérer les opprimés ? Pourquoi ne vient-il pas libérer son cousin ? Ensemble, ils feraient merveille. Jean-Baptiste, celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu, est maintenant traversé d’un doute affreux. « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

En janvier, un petit film va être tourné ici dans cette chapelle. L’équipe technique est venue en repérage vendredi. J’ai pu discuter avec l’un d’entre eux qui s’appelle Bernard. Je lui ai demandé s’il avait la foi. Il m’a répondu qu’il avait une grande foi quand il était enfant. Puis, alors qu’il était encore jeune, sa mère est décédée. Il ne pouvait plus croire en un Dieu qui avait laissé faire cela. Bernard traverse une épreuve semblable à celle de Jean-Baptiste. Comment croire en un Dieu qui me prive de ma maman ? Comment croire en un Dieu qui me laisse croupir en prison privé de nourriture et de boisson lorsque Hérode, lui, jouit et profite de biens abondants. Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre, plus fort, plus puissant ? Un messie qui jugera tout de suite les tyrans, les assassins, les menteurs. Un messie qui rétablira immédiatement la justice et qui rendra la vie belle et paisible aux innocents. 

Jésus répond à son cousin avec un crescendo de faits extraordinaires : Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et… apothéose, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. C’est le sommet des signes. Quand les pauvres sont évangélisés, le Royaume des Cieux est là. La misère qui sévit dans nos sociétés est la plus grande injustice, la plus structurelle. Quand les pauvres sont évangélisés, c’est la plus grande des justices. Notre Dieu se place toujours du côté du pauvre, de l’opprimé, du malade, de celle qui meurt d’un accident et de celui qui en souffre. Il n’est jamais du côté de ceux par qui ces choses arrivent. Il n’est pas plus un Dieu qui tire les ficelles de tous les événements de notre histoire. Il les traverse avec nous comme il a traversé les humiliations lors de sa passion. Notre Dieu vient en ce monde sans aucun pouvoir, sinon celui de sourire à sa mère ou à son père, celui de réclamer de la tendresse et du lait, celui de nous aimer et de nous mendier notre amour. Notre Dieu naît dans ce monde pauvre comme un mendiant d’amour et il le quittera pauvre comme un esclave châtié. 

Frères et sœurs, il y a de quoi être déconcerté. Notre Dieu ne peut rien contre les événements tragiques qui nous arrivent. Mais il peut nous aider à les traverser avec lui et ainsi en ressortir plus grand, plus libre. En ce temps de l’Avent, ouvrons lui bien grande la porte de notre cœur. Oui frères et sœurs aujourd’hui, le Seigneur vient en personne. Soyez forts, ne craignez pas et réjouissez-vous. Voici votre Dieu. Il vient lui-même pour faire surgir des torrents dans le pays aride de nos âmes, pour transformer la région de la soif, en eaux jaillissantes. Amen.