Evangile du 5e dimanche de carême,
Homélie du frère Benoît Ente
J’ai l’impression que le carême vient de commencer et nous voici déjà à une semaine du dimanche des rameaux au miracle le plus spectaculaire de Jésus. C’est une sorte de répétition générale avant la Passion et la Résurrection. On retrouve les mêmes éléments : un tombeau, une pierre qui bouche l’entrée, un mort qui était aimé, une foule, des femmes en pleurs devant le tombeau. La résurrection de Lazare, c’est la résurrection du Christ et notre résurrection avant l’heure par anticipation.
Pour la première fois, la personne qui bénéficie du miracle est un ami de Jésus. Un ami, c’est-à-dire quelqu’un qui connaît Jésus depuis longtemps. Quelqu’un qui l’aime et lui parle régulièrement. Comme il nous ressemble ce Lazare. Il est atteint de la maladie la plus répandue dans le monde : la mort. Sans bruit, elle dresse son ombre sur ce que nous pensons et faisons.
Jésus n’a pas besoin que quelqu’un lui annonce la mort de son ami Lazare. Il le sait intuitivement et à ce moment, il a une réaction étonnante : il se réjouit. Il se réjouit non de la mort de Lazare mais d’avoir été absent : « je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. » Nous, quand nous apprenons la maladie ou la mort d’un proche, nous baissons la tête, l’air sombre et nous sommes tristes comme si nous revenions perdant d’un combat, comme si l’ombre de la mort nous enveloppait. Au contraire, Jésus, lui, se réjouit. Il sait déjà que Lazare va ressusciter, que cela provoquera la foi de nombreuses personnes et il s’en réjouit par avance. Un peu comme nous, quand nous savons que nous allons recevoir dans notre maison quelqu’un qu’on aime. Bien avant son arrivée, nous avons le sourire aux lèvres, on ressent une joie par avance. Cette joie vient de la conviction, de la certitude de voir bientôt notre ami.
J’ai vu une fois cette joie de Jésus sur le visage d’un de mes frères dominicains, Michel Froidure. Il était atteint d’une leucémie foudroyante. Il savait qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre et son visage rayonnait de la joie du ressuscité, de la joie du banquet promis. Cette joie est renversante, désarmante. Pour Jésus, chaque événement de sa vie quel qu’il soit est une occasion de manifester la gloire de son Père et donc une occasion de joie. Rappelez vous la semaine dernière, l’évangile de l’aveugle né. Quand les disciples demandent pourquoi cet homme est né aveugle. Jésus fait une réponse qu’il pourrait redire à l’occasion de la mort de Lazare : « c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. ». Notre conversion doit saisir notre être jusque dans ses profondeurs. Se convertir c’est penser comme Jésus, poser sur le monde et sur les événements du monde le même regard que lui. Vivre de sa joie et CROIRE du fond de notre cœur que tout, absolument tout est appelé à manifester la gloire du Père.
La résurrection de Lazare, mort depuis 4 jours, le retour à la vie de son corps en décomposition est le plus grand miracle de Jésus. Ce n’est pas un hasard si ce prodige a lieu en présence de Marthe et Marie, deux femmes qui profondément aiment et font confiance en Jésus. Jésus a besoin de leur foi pour ressusciter Lazare. Il a besoin de notre foi pour faire de grands miracles, pour nous sauver et pour sauver ce monde. Il compte sur notre foi pour nous faire sortir de nos tombeaux et faire trembler tous les tombeaux de ce monde. « Tout est possible pour celui qui croit » dit Jésus dans l’évangile de Marc.
Un détail m’a toujours frappé dans ce récit : le silence de Lazard. On pourrait s’attendre à ce que Lazare rende grâce et remercie Jésus. Mais non, Lazare reste silencieux et Jésus demande de le laisser aller comme si Lazare était déjà dans l’autre monde un peu comme lorsque Jésus dit à Marie-Madeleine au tombeau vide : ne me retiens pas, laisse moi aller. La résurrection de Lazare annonce la résurrection du Christ et notre propre résurrection. Lazare, c’est vous et moi.
En ce monde troublé, frères et sœurs, il est urgent de croire en Jésus de toutes nos forces. Il est urgent de dire notre foi en d’en vivre chaque jour. Offrons à Dieu de proclamer par nos lèvres à ce monde : réjouissez vous, sortez de vos tombeaux, le Christ est vivant et aujourd’hui il nous appelle à la vie. Amen.
