Miracle

Homélie du frère Benoît Ente pour le dimanche de Pâques 5 avril – Jn 20, 1-9

Dans cet Evangile de Pâques, il y a une chose tout à fait remarquable : il ne se passe pratiquement rien. Pas de lépreux purifié, de démon expulsé ou de tempête apaisée. Pas de sortie triomphale du tombeau. Non, un récit qui frappe par sa simplicité, sa sobriété. Les médias ne cessent de nous faire croire qu’il se passe quelque chose de sensationnel. Ici au contraire, le récit parle de vide et d’absence. Il n’y a que trois personnages, le cercle intime de Jésus : une femme tout excité par sa découverte d’un tombeau vide transmet cette excitation à deux hommes qui constatent l’absence du corps dans le tombeau. Rideau. Et pourtant cette scène nous place en témoin privilégié d’un des plus beaux miracles, un miracle invisible, délicat comme un fin silence, un miracle qui se produit dans l’intimité d’une âme : la naissance ou plutôt l’éclosion de la foi.

Vous pensez qu’un boiteux qui se met à marcher est un plus grand miracle. Mais en fait, la guérison d’une maladie reste extérieure à la personne. Une guérison physique ne touche pas l’intime de l’être. Au contraire, la naissance de la foi engage tout l’être. C’est une adhésion intérieure volontaire et libre qui oriente ou réoriente profondément toute notre existence. Qu’une créature pose cet acte de foi intime et profond est un très grand miracle et même une résurrection.

Aujourd’hui, l’apôtre Jean, auteur du 4e évangile, nous fait la joie de nous partager son expérience de sa foi naissante. Il est parmi les premiers sinon le premier des êtres humains à croire au Ressuscité. Comment un tel prodige a pu se produire ? L’apôtre Jean a d’abord vécu avec Jésus plusieurs années. Il a écouté sa parole, vu ses gestes, il a appris à le connaître. Il a admiré sa sagesse, sa force, son humilité. Il lui a rendu de nombreux services : il a fait partie de ceux qui ont été envoyés deux par deux en mission. Jean avait une affection sincère pour Jésus. Tout cela est très beau, mais ce n’était pas encore la foi, tout cela, ce sont les conditions pour que puisse survenir la foi. Tous, nous passons par là. Tous nous avons appris à connaître Jésus, nous avons admiré sa sagesse, nous avons participé à des prières, nous avons rendu des services et pourtant frères et sœurs avouons le tout cela ne sont que les préliminaires à la foi. La foi, c’est un ébranlement de notre être tout entier, une sorte d’illumination où la vérité du Christ ressuscité éclate aux yeux de notre esprit. 

Jean avait entendu Jésus annoncer par trois fois sa mort et sa résurrection. Il connaissait les écritures, la figure du serviteur souffrant, le prophète Jonas qui passa trois jours dans le ventre de la baleine, etc. Jean savait tout cela et pourtant il l’avoue lui-même : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Cela paraît fou et pourtant comme Jean nous ressemble !

Qu’est ce que Jean a vu en ce premier jour de la semaine ? Il a vu l’absence d’un corps, il a vu les linges qui entouraient ce corps non pas jetés négligemment par d’éventuels ravisseurs, mais « enroulés et posés à leur place » dit-il c’est-à-dire disposés comme Jésus avait l’habitude de le faire. Et ce signe a fait refluer à sa mémoire les paroles de Jésus, les paroles des écritures entendues depuis qu’il est enfant. Paroles et signes visibles ont cristallisés pour faire émerger à l’esprit de Jean une évidence : Jésus est vivant. Cette cristallisation n’est pas d’abord d’ordre intellectuel, elle est le résultat d’une présence intérieure que les les signes et les paroles révèlent. Je suis vivant et je suis là au plus secret de ton cœur. L’expérience de la foi est une expérience de résurrection. Elle est une communion au Christ qui se lève et sort du tombeau. La naissance de la foi, c’est le Christ qui nous entraîne avec lui dans Sa Résurrection. Impossible de rester le même, la foi retourne comme une crêpe et fait naître des désirs nouveaux, nobles, inimaginables avant. 

Frères et sœurs, voilà le véritable scoop qui devrait faire la une des journaux du monde entier qui devrait tourner en boucle sur tous les réseaux sociaux. En ce premier jour de la semaine, il y a 2000 ans, face à un tombeau vide, un feu est naît. Ce feu brûle aujourd’hui à Evry. Il se propage irrésistiblement et envahit siècle après siècle le monde. Le feu de la foi. Le feu de la présence du Christ vivant au milieu de nous. Christ est ressuscité il est vraiment ressuscité Alléluia.